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La fin du pétrole, ce n'est pas pour ce siècle !

Publié le mercredi 2 mai 2018 . 3 min. 53

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Le monde n’en a pas fini avec le pétrole. Pourtant, il y a 10 ans quand le prix du baril flirtait avec les 150 dollars, la théorie du peak oil, moment apocalyptique où la production mondiale va plafonner avant d’irrémédiablement décliner, surgit de nouveau. C’était la fin d’un monde et certains prophétisaient le prix du baril à 300 dollars, voire plus. Huit ans plus tard, retournement de situation : les cours sont au plus bas depuis plus de 15 ans et la notion de peak demand s’impose.


Là, ce n’est plus le pétrole qui disparaît mais la demande de pétrole. Et pourtant. Côté offre, jamais autant de pétrole brut n’est sorti des sols. Alors même que l’OPEP et 10 pays extérieurs au cartel emmenés par la Russie ont officiellement réduit leur production de 1,8 millions de barils/jour, près de 81 millions de barils ont été mis quotidiennement sur le marché en 2017. Un record absolu et un chiffre en hausse de 9% par rapport à 2008 moment où la théorie du peak oil faisait les gros titres.


A l’origine de ce mouvement, le retour en force notamment des producteurs américains sur la scène pétrolière grâce au pétrole de schiste et à l’amélioration constante des techniques de production, qui ont fait plonger les prix de production. Une industrie pétrolière américaine dont la production dépasse désormais les 10 millions de barils jour, c’est deux fois plus qu’en 2008 et hisse à nouveau les Etats-Unis au rang de producteur majeur.


Du côté des réserves mondiales prouvées, la tendance est aussi à la hausse depuis le début des années 80, avec néanmoins un plafond en fin de période. A plus de 1 700 milliards de barils cela assure, au rythme actuel de la consommation, presque 50 ans de réserve. Mais il serait erroné de conclure au début d’une pénurie physique. Avec les prix bas, la prospection a ralenti car les compagnies pétrolières ne s’y retrouvaient pas financièrement. Avec des prix plus élevé elle reprendra. C’est un fait : les réserves augmentent avec le prix et la notion du peak oil recule au fur et à mesure que l’on avance. Côté demande maintenant. La tendance est également à la hausse. Comme pour la production, la consommation a battu tous ses records en 2017 pour se rapprocher des 100 millions de barils jour. Excepté l’accroc lié à la grande récession de 2008-2009, la progression quasi-constante s’effectue au rythme de 1,4% par an.


Et ce n’est pas près de s’arrêter. Bien entendu, les usages du pétrole changent. L’émergence rapide des voitures électriques, le plus grand rendement des moteurs atmosphériques, la plus grande efficacité énergétique des habitations, la baisse du coût des énergies renouvelables, la lutte contre les émissions de CO2 sont des paramètres à prendre en compte. Mais il s’agit surtout d’un double déplacement d’une demande globalement en hausse. Selon l’Agence internationale de l’énergie, elle grimperait de 6,8% sur la période 2016-2025 puis de 4,6% entre 2025 et 2040. Le premier déplacement, sectoriel, fait la part belle à la pétrochimie, un secteur clé de l’industrie qui fournit des matières intermédiaires incontournables pour fabriquer de nombreux produits du quotidien (plastiques, fibres textiles, cosmétiques, médicaments, notamment). D’ici 20 ans environ, la pétrochimie devrait absorber près du quart de la production mondiale de pétrole. Une part en nette hausse comme devrait l’être celle dédiée aux secteurs aéronautique et naval. Et à chaque fois, ce sont les grands pays émergents qui poussent à la hausse.


C’est le second glissement, géographique. La demande de pétrole en provenance de l’Union européenne, des Etats-Unis et du Japon d’ici 2040 doit baisser au total de 10,5 millions de barils jour. Un recul amplement compensé par la hausse de la consommation en provenance de l’Inde, de la Chine mais aussi de nombreux autres pays émergents dont la demande s’élève avec le niveau de vie. Autrement dit, la fin du pétrole ce n’est pas pour demain.


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