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Le chaos économique algérien

Publié le mercredi 20 février 2019 . 4 min. 39

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L’Algérie est une économie à l’agonie. A tel point que la question n’est pas si elle va craquer mais quand.


Quand le pétrole va, tout va


Il faut d’abord revenir sur ce qu’est le cœur du système productif les hydrocarbures. Les hydrocarbures ce sont en effet directement près du quart du PIB algérien, les 2/3 des rentrées fiscales et 95% des exportations en valeur. Autant dire qu’en Algérie, quand le pétrole va, tout va. Il suffit de comparer deux courbes pour prendre la pleine mesure de la dépendance et de la fragilité d’un système construit sur la seule performance du secteur des hydrocarbures : la première c’est celle du cours du Brent pris comme proxy de l’ensemble des prix internationaux des hydrocarbures, la seconde celle du solde courant. Des prix trop bas du pétrole et c’est l’assurance de tomber dans le rouge. Or, les cours du pétrole ont commencé à deviser en 2014, année où il sont passées de près de 110 dollar en janvier, à 60 en décembre. 2014, année où le solde courant algérien entame sa descente aux enfers.


Compte tenu des anticipations de prix du brut, aucun retour à l’équilibre n’est envisageable à court terme. 2014-2019, ce sont donc six années de plomb du jamais vu depuis le début des années 80. La conséquence très directe c’est une baisse constante des réserves de change passées d’un peu plus de 194 milliards de dollars en 2013 à 82 environ en 2018, une division par plus de deux. Bilan ces réserves de change qui représentaient près de trois années d’importations en 2013 n’en couvrent pas beaucoup plus d’une aujourd’hui. A cette vitesse-là, les caisses seront rapidement vides. Or les réserves de change sont vitales pour les pays dont la monnaie n’est pas convertible et dont l’accès au marché international des capitaux est limité ou inexistant.


Maladie hollandaise


C’est donc un véritable mur qui se dresse car, en face, l’industrie algérienne est moribonde, notamment les entreprises publiques qui génèrent encore pourtant près de la moitié de la valeur ajoutée industrielle. En 2017, le niveau de la production manufacturière publique représentait à peine plus de la moitié de celle de 1989, quant au taux d’utilisation des capacités de production, il montre une sous-utilisation structurelle des installations.


Or, cette désindustrialisation publique n’a été que très partiellement contrebalancée par le privé. Principalement présent dans les activités peu ouvertes à la concurrence internationale, le tissu productif privé est composé à 90% de microentreprises à caractère familial qui opèrent bien souvent dans le secteur informel. Inutile donc d’espérer un rééquilibrage des comptes extérieurs en gagnant des parts de marché sur la concurrence étrangère. Pas possible, non-plus, pour le gouvernement de s’orienter vers une politique de rigueur, au risque d’un embrassement social. La solution fait figure de fuite en avant : la loi du 11 octobre 2017 permet le recours exceptionnel à la création monétaire notamment pour contribuer à « la couverture des besoins de financement du Trésor ».


La Banque d’Algérie a ainsi créé plus de 4 000 milliards de dinars de monnaie depuis novembre 2017, l’équivalent de 20% environ du PIB. Le risque est double. C’est bien évidemment celui d’un décrochage du dinar notamment sur le marché parallèle : actuellement 1 000 euros s’échangent officiellement contre 134 200 dinars mais officieusement au moins 220 000 dans les rues d’Alger.


Le second risque, lié en partie au premier, est celui d’une inflation qui dégénèrerait en hyperinflation. Grâce à la rente énergétique, l’Algérie a pris l’habitude de vivre avec des moyens considérables. Mais le pays est tombé dans une impasse structurelle?: l’argent du pétrole, au lieu de servir à l’investissement, a servi à financer le budget courant et à enrichir une caste, c’est le cas type de la maladie hollandaise, la malédiction des pays qui se retrouvent dépendants de leurs seules matières premières. Jusqu’à une date récente, c’est le prix du baril qui permettait de couvrir les dépenses algériennes. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.


Bref, l’Algérie c’est un pays ultra-dépendant de ses recettes d’hydrocarbures, qui se nourrit exclusivement de subventions publiques pour acheter la paix sociale, dont l’essentiel des revenus est capté par la classe dirigeante issue de l’armée et qui se dirige droit vers une dérive inflationniste et un décrochage de sa monnaie. Toute ressemblance avec le Venezuela n’est pas fortuite !


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