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Toute l’attention est focalisée sur la flambée brutale de la dette publique bien au-delà du seuil des 100% du PIB. Mais c’est peut-être ailleurs que se trouve la véritable vulnérabilité financière de l’économie française. Le plus dangereux est sans doute du côté de l’endettement des ménages qui s’approchait fin 2019 de la barre des 100% de leur revenu disponible brut, soit près de 44 points de plus par rapport au début des années 2000. Même après 2009, date à laquelle la tendance s’est pourtant inversée chez les autres pays de la zone euro, la hausse s’est poursuivie en France sans discontinuer. Même au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, où les ménages sont structurellement plus endettés que dans le reste du monde, le poids de la dette a eu tendance à s’alléger sur les 10 dernières années. Il y a donc bien une trajectoire spécifique de l’endettement des ménages français qui prend l’allure d’une véritable dérive et aujourd’hui d’une véritable bombe à retardement avec la crise de la Covid-19.


Dette des ménages : 135 000 € par foyer


Au cœur du problème de la dette des ménages, il y a l’immobilier : les encours des crédits à l’habitat se sont envolé et ont dépassé le plafond symbolique des 1 000 milliards d’euros fin 2018 pour se situer à des niveaux stratosphériques. Ils constituent désormais près de 85% de l’endettement des particuliers contre à peine plus de 67% en 2000. Certains diront « rien de très grave » : c’est de la pierre ! Finalement, rapportée au nombre de ménages, l’ardoise de 1 100 milliards d’euros de crédits immobiliers représente une enveloppe de 37 000 euros par foyer.


Cela n’a pas l’air déraisonnable, d’autant plus que face à cet endettement, il y a un actif dont la valeur augmente. La hausse des prix de l’immobilier n’est pourtant pas une loi immuable. Les arbres ne montent pas au ciel et on oublie trop vite que l’histoire est jalonnée de retournements du marché. Il faut se remettre en mémoire que Paris a connu un terrible revers dans les années 90. A la suite de la guerre du Golfe, les ventes se sont effondrées, entraînant un décrochage des prix de près de 40% en euros constants entre 1990 et 1997, soit de quasiment 7% en moyenne par an.


Ensuite, 37 000 euros ce n’est qu’une moyenne. Une fois enlevés les locataires et les propriétaires dégagés de toutes charges de remboursement, seul un tiers des ménages portent effectivement cet endettement, qu’il soit lié à l’acquisition d’une résidence ou un investissement locatif. Le montant de la dette pour les particuliers réellement concernés ce n’est donc pas de 37 000 euros, mais plutôt 135 000 et la tendance est à la hausse. Conséquence, les montants empruntés représentaient
5,2 années de revenus en 2018 son plus haut historique. En cause, l’assouplissement des critères d’octroi, les banques ayant joué sur trois leviers : 1) l’allongement des maturités, 2) la diminution de l’apport, 3) l’augmentation du taux d’effort, c’est-à-dire la charge de remboursement rapporté au revenu de l’emprunteur. La règle tacite d'un taux d'effort maximal à l'octroi ne devant pas dépasser 33% du revenu net de l'emprunteur n'est en fait pas respectée dans 28% des cas.


Le danger de la remontée du chômage


Certes, cette dette est majoritairement à taux fixe, ce qui protège les emprunteurs d’une remontée brutale des taux d’intérêt. Mais cela ne les décharge pas de l’obligation de la rembourser, ce qui peut faire mal. Sous cet angle, la crise de la Covid-19 est donc très préoccupante. Il faut en effet s’attendre à de nombreuses pertes d’emplois cette année (environ 900 000 selon notre scénario) et une hausse du taux de chômage qui passerait de 7,8% au 4ème trimestre 2019 à 11% fin 2020. Même si le taux de chômage chez les emprunteurs est structurellement plus faible que celui du reste de la population, la brutalité du choc est telle qu’ils ne seront pas épargnés et une partie va se retrouver dans l’impossibilité de rembourser ses prêts. Pour d’autres, principalement les nouveaux accédants, notamment ceux de 2019, une fois payées la mensualité de remboursement du prêt et les charges de copropriété, le reste à vivre va se retrouver considérablement comprimé. Ce n’est pas bon pour la consommation, ce n’est pas bon non plus pour le marché de l’immobilier. Surtout, face à la crise, les banques vont redoubler de vigilance sur les conditions d’octroi et les primo-accédants vont se monter plus frileux avec la crainte de payer trop cher leurs biens.


Hausse brutale du taux de défaut sur les crédits immobiliers, ventes précipitées en raison d’une charge de remboursement devenue trop lourde, le gonflement excessif de l’endettement des ménages risque bien malgré des taux d’intérêts qui vont rester très bas : voilà une sacrée épée de Damoclès sur les ménages et sur la valeur de leurs biens immobiliers.


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