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Le vrai problème derrière la flambée du litre d'essence

Publié le mardi 26 octobre 2021 . 4 min. 01

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Le passage à la pompe reste un moment toujours très douloureux pour les automobilistes. Et pour cause : le prix d’un litre d’essence a bondi d’à peine plus de 1 euro en 2000 à 1 euro 63 en octobre 2021, soit une embardée de 54%. Et le mouvement est plus marqué encore pour le gazole dont la flambée de 64% a fait passer la facture de 85 centimes 1 euro 56 le litre sur la même période. Quand on sait que plus de 97% du parc roulant en 2020 était encore constitué de voitures à moteur thermique et que le diesel, malgré sa décrue, restait très majoritaire, le choc est rude. Surtout, dans le même temps, l’inflation générale hors énergie progressait, elle, de 34%. Cet écart, considérable notamment avec le diesel, est d’autant plus mal vécu par les Français que les prix des carburants s’affichent en très grand le long des routes.


6,2 heures de travail pour se payer un plein de super sans plomb


Les ménages y sont donc particulièrement sensibles. Avec de surcroît un produit surtaxé, ce qui ajoute à l’agacement. Entre la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (l’ex-TIPP) et la TVA, pour l’automobiliste qui fait son plein, les taxes représentent aujourd’hui environ 60% de son réservoir qu’il roule au diesel ou au super sans plomb. Des taxes dont le montant a considérablement augmenté en 20 ans, en particulier celui sur le diesel (+34 centimes d’euros en plus par litre), les gouvernements successifs ayant décidé d’aligner sa fiscalité sur celle de l’essence. Pour le gazole, qui concerne la majorité des automobilistes, les taxes ont ainsi contribué à près de 50% de la hausse globale et à hauteur de 33% pour l’essence.


Toutefois, pour disposer d’une mesure la plus juste possible de l’impact réel du coût d’un plein sur le pouvoir d’achat, il faut le mettre en regard de l’évolution des revenus des ménages. Les variations du salaire net médian dans le secteur privé permettent de se faire une idée de l’évolution de son poids pour la classe moyenne. Un salaire passé de 1 352 euros par mois à 2000 en un peu plus de 20 ans, soit une progression de 48% environ. C’est bien moins rapide que la progression du prix du gazole, mais quasiment équivalent à celui de l’essence.


Si bien que très concrètement, un Français moyen doit travailler aujourd’hui 6,2 heures pour payer un plein de super sans plomb. C’est certes supérieur à la moyenne de long terme, mais nettement moins élevé que lors de la dernière phase d’embrasement entre 2011 et 2013. Pas sûr que l’automobiliste d’aujourd’hui qui roulent au super sans plomb en ait toujours conscience. Pas plus pour celui qui carbure au gazole. Bien entendu, par rapport au début des années 2000, l’effort demandé en termes d’heures de travail s’est élevé. Mais comme pour le super sans plomb c’est proche ou inférieur aux 3 derniers pics.


La faute aux prix de l’immobilier


Alors pourquoi autant de crispations autour du plein ? En fait c’est un problème d’aménagement du territoire lié au prix de l’immobilier :


- La flambée immobilière a contraint nombre de ménages modestes à s’éloigner des centres-villes où se concentrent les emplois, les services administratifs et les loisirs. Avec une double répercussion. D’abord en termes de kilomètres parcourus par véhicules. Que ce soit pour le diesel ou le super, la tendance à la réduction de la distance annuelle parcourue s’est interrompue entre 2012 et 2014, quel que soit le type de carburant. On observe depuis une hausse de 465 km pour le diesel et de plus de 800 pour le super sans plomb.
- Mais c’est aussi la quasi-obligation à la multimotorisation. Entre 2000 et 2018, le nombre de ménages bimotorisés est passé de 25,4 et à 31,2% et pour les trimotorisés ou plus de 4,2 à 5,3%. Une moyenne qui masque de grandes disparités entre les habitants des centres-villes et la périphérie contrainte à la multimotorisation. Et pour ces ménages, le choix des véhicules se porte sur l’occasion. Des véhicules anciens, l’âge moyen du parc automobile français est passé de moins de 6 ans à plus de 9 entre 1990 et 2018, des véhicules qui consomment.


L’effort fait par le Français moyen pour faire le plein n’est pas le problème. En revanche, en passant plus souvent à la pompe et en étant multimotorisé, son budget « carburant » devient, lui, étouffant et pourrait bien être à l’origine de nouvelles tensions sociales.


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