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Les ravages de la crise sur notre commerce extérieur

Publié le mardi 15 décembre 2020 . 6 min. 44

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Comme un peu partout dans le monde, la France se débat pour préserver autant que possible son marché intérieur. Et à ce jeu-là, elle est parmi les économies européennes majeures la plus performante. C’est bien pourquoi au 3e trimestre, la demande domestique (c’est-à-dire l’ensemble composé de la consommation des ménages, des dépenses publiques, de l’investissement et de la variation des stocks) n’était plus qu’à 1,9% de son niveau de la fin 2019. Personne ne fait mieux, pas même l’Allemagne en 3e position, derrière les Pays-Bas, sans parler du Royaume-Uni où c’est la Bérézina.


La France prise en étau


Cet écart de performance, c’est néanmoins une victoire à la Pyrrhus. C’est la double peine :


- D’un côté, la demande adressée par la France à ses partenaires a moins dévissé qu’ailleurs. Cela se paie, toute chose étant égale par ailleurs, par un niveau d’importations plus élevé.


- De l’autre, l’affaissement des débouchés de nos principaux clients se traduit par celui de nos exportations. Avec le Royaume-Uni, c’est bien en France que les exports ont été les plus enfoncés. L’économie française est donc bel et bien prise en étau.


Il suffit de partir de la liste de ses principaux partenaires commerciaux pour bien comprendre les forces en jeu. En tête de liste, l’Allemagne —qui en absorbant 70 milliards d’euros d’exportations françaises en 2019 — était le premier débouché du « made in France » avec près de 14% de parts de marché. C’est certainement l’une des économies européennes les plus résistantes à la crise actuelle. Mais que dire de l’Italie, de l’Espagne ou du Royaume-Uni ? Ensemble, ces trois débouchés totalisaient en 2019 environ 110 milliards d’euros d’exports français, soit 21% de l’ensemble des expéditions de marchandises à l’étranger. Or, ce trio de pays est aujourd’hui le plus lourdement impacté en Europe. Pris ensemble, ces trois pays, c’est un PIB en chute libre de près de 12% anticipé pour 2020, une demande domestique et adressée à ses partenaires commerciaux à la dérive avec au bout du chemin des importations en volume qui dévissent, elles aussi, de 20% environ, selon nos prévisions.


Trois marchés à l’export à l’agonie


C’est donc peu dire que les exportateurs français affrontent des vents contraires à l’international. Résultat, le bilan à destination de nos trois voisins directs est calamiteux : sur les 9 premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2019, le recul s’étale de 27,5% en direction du Royaume-Uni, à près de 18% vers l’Italie, avec une moyenne de 22%, soit 10 points de plus qu’avec le reste de l’Union européenne.


L’impact de ce voisinage délétère se retrouve en outre renforcé par la spécialisation sectorielle en direction de ces pays, avec notamment une hypertrophie de l’automobile (constructeurs et équipementier), premier poste d’exportation, en pleine Bérézina. La valeur atteint près de 7 milliards d’euros concernant l’Espagne. Soit plus de 20% du total des exportations françaises vers le pays. L’Italie arrive en deuxième position avec un peu moins de 5 milliards, suivi du Royaume-Uni 4. Et au total, pour les exportateurs français les reculs sont centrés autour de 35%. Deuxième poids lourd des exportations vers ces pays : les biens d’équipements et l’aéronautique, des secteurs sinistrés avec la chute des investissements et la remise en cause du transport aérien. C’est un fait, nos points forts sont devenus des points faibles et finalement les rares pôles de résistance — la pharmacie et l’agroalimentaire — pèsent peu dans la balance et ne contrebalancent évidemment pas les forces adverses.


La France se retrouve triplement coincée. La meilleure résistance de sa demande domestique entretient un flux d’importations important, d’autant plus que les concurrents étrangers vont se positionner là où il y a des poches de résistance (faute de pouvoir trouver chez eux le zest de soutien nécessaire). La France voit aussi totalement s’assécher ses grands débouchés avec trois de ses principaux marchés à l’export à l’agonie. La France doit maintenant affronter une autre contagion : celle du commerce extérieur.


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