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11/10/201804:42

Il devient de plus en plus évident qu’une rupture est intervenue dans le commerce mondial. Cela n’a pas été évident d’emblée car avec la crise de 2008-2009, l’évolution des échanges a eu une forte composante conjoncturelle. Ainsi, après une chute de 13% en moyenne en 2009, le commerce international a bondi de 14% l’année suivante. Aux termes de ces évolutions très heurtées, il pouvait sembler naturel de revenir dans le corridor des variations qui avait précédé la crise soit entre 4 et 10% de croissance annuelle environ. Si les premières hésitations des échanges post-récession pouvaient s’interpréter comme les soubresauts d’une crise à répétition, ce n’est définitivement plus le cas. Les années passent et le commerce mondial n’a toujours pas retrouver sa dynamique d’avant-récession. A peine de retour dans le corridor des variations, la tendance est au mieux à la stabilisation, voire à un nouveau petit décrochage.

 
Il faut bien entendu relativiser ces évolutions, car avant la grande récession la croissance mondiale était forte de l’ordre de 4,5% par an en moyenne, c’est plus de 1 point supérieur au régime actuel. Or moins de croissance c’est une demande moins vigoureuse et des échanges moins dynamiques. Mais l’explication est trop courte. En rapportant la croissance du commerce international à celui du PIB mondial (en d’autres termes en calculant l’élasticité du commerce à la croissance), la cassure apparait encore plus nettement et se dessine même avant la grande récession. Dans les années 90, l’élasticité du commerce à la croissance était supérieure à 2 (les échanges augmentaient donc deux fois plus rapidement que le PIB mondial). Ce ratio est tombé à 1,5, de 2000 à 2007, puis à 1,3 en moyenne depuis 2010.

 

Période d’expansion

 
Ainsi, si la conjoncture joue un rôle déterminant dans la faiblesse de la croissance des échanges, cette dernière s’explique aussi par des facteurs plus structurels.

 

Il faut revenir ici sur les éléments au cœur de la croissance hors norme du commerce mondial dans les années 90 : baisse des coûts de transports, baisse des prix et amélioration de la qualité de télécommunications, vaste mouvement de libéralisation des échanges (consacrée par la création de l’OMC en 1995) offrent un cadre propice. C’est à ce moment aussi que prend racine le mouvement de délocalisations vers les émergents, mais surtout que monte en puissance une gigantesque vague de méga-fusions-acquisitions transatlantiques menées par les multinationales occidentales.

 

Les années 2000, vont voire certaines de ses tendances se renforcées et d’autres apparaitre. C’est en décembre 2001 l’entrée de la Chine dans l’OMC et peu après la déferlante du « made in China». C’est, dans le prolongement, l’allongement et la segmentation toujours plus poussée des chaines de valeurs. Le contenu en consommations intermédiaires importées des exportations augmente ce qui fait d’autant plus grimper le volume des échanges, qu’il débouche sur une double comptabilisation des composants importés : une fois à leur arrivée sur le territoire, une fois à la sortie quand ils sont intégrés dans le produit finis ou semi-finis et réexportés. En janvier 2002, c’est la création de l’euro fiduciaire qui va accélérer les échanges intra-européens. C’est enfin un déplacement de la croissance mondiale, notamment vers les émergents, ce qui a mécaniquement tendance à accélérer les échanges.

 

Inversion de tendance

 
Toutes ces tendances se sont conjuguées sur les 15 années précédant la crise pour faire monter les chiffres du commerce mondial. Mais combien sont encore d’actualité ? Et bien aucune ou presque. L’essentiel de la baisse des coûts de transports et des télécoms sont derrière nous. C’est ensuite le retour de balancier par rapport à la version la plus extrême du fabless, de l’allongement à outrance des chaines de valeur. Au fil du temps trois séries de problèmes ont émergé : 1) Problème de qualité et de traçabilité du produit final. 2) Problème de coûts en raison de la montée des salaires dans les pays dans lesquels les activités ont été délocalisées. Du reste, à l’ère de l’automatisation générale, le coût du travail n’est plus aussi discriminant aujourd’hui qu’hier. 3) Troisième point, l’idée que conception et fabrication pouvaient être totalement dissociés, les grands groupes en reviennent lorsqu’ils constatent comment cette dissociation fragilise leur écosystème d’innovation.

 

Mais ce sont aussi les transformations structurelles du commerce extérieur chinois. Les produits exportés de Chine incorporent de plus en plus de composants locaux et leur contenu en imports diminue. À cela s’ajoute une croissance mondiale qui se recentre à nouveau sur les pays avancés.

 

Bref, le ralentissement du commerce mondial n’est pas un phénomène transitoire mais bien durable.


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Mots clés : Economie mondialeChineDélocalisationCommerce internationalCommerce mondialOMC

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