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65, 70, 75, et maintenant 80, le prix du baril de pétrole serait-il à nouveau sur le point de flamber ? En fait, ce sont les annonces successives de la Maison blanche qui ont mis le feu aux poudres. Alors que le prix du Brent évoluait depuis le début d’année dans une bande étroite autour de 67 dollars le baril, un premier cap a été franchi le 6 avril dernier après l’annonce de sanctions contre la Russie : le cours s’ancre alors au-dessus de 70 dollars. Puis c’est début mai, l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et le pallier des 75 dollars est enfoncé.


Bilan, en progression de 16% depuis le début de l’année, les cours sont au plus haut depuis la fin 2014. Pour tenter de déterminer si nous sommes à deux doigts d’une nouvelle explosion trois éléments sont à prendre en compte :


1- Les fondamentaux du marché, c’est-à-dire la confrontation entre l’offre et la demande;
2- Le contexte géopolitique
3- La spéculation. Les fondamentaux d’abord. Coté demande, la tendance est à la hausse.


Excepté l’accroc lié à la grande récession de 2008-2009, la progression s’effectue au rythme de 1,4% par an. Et ce n’est pas près de s’arrêter compte tenu des besoins croissants des pays émergents à quoi s’ajoute pour 2018 l’accélération de la croissance mondiale. Si la visibilité est bonne sur la demande, en revanche c’est le flou total sur l’offre. D’un côté, il y a la courbe de production des Etats-Unis : à près de 11 millions de barils/jours, elle est à son niveau record et sur un an, la hausse atteint 1,9 million de barils de quoi normalement largement éponger le surcroit de demande estimé à 1,3 million de baril. Sauf qu’il faut aussi intégrer la mise en place des quotas de productions décidés par l’OPEP et 10 pays extérieurs au cartel emmenés par la Russie. Décidé fin 2016, l’accord a déjà été prorogé par deux fois et cours désormais jusqu’à fin 2018. L’enjeu, une réduction de la production de 1,8 million de barils par jour. Et une fois n’est pas coutume, les engagements sont globalement tenus, un respect facilité il est vrai par l’effondrement de la production vénézuélienne.


Pétrole de schiste américain contre quotas de production de l’autre, le match est équilibré et l’offre mondiale plafonne depuis deux ans autours de 81 millions de barils par jour. En d’autres termes, le rapport entre l’offre et la demande a basculé en faveur du second. Et c’est sur cet environnement déjà haussiers sur les prix, que vient se plaquer un contexte géopolitique de plus en plus tendu, notamment entre l’Iran et les Etats-Unis. Or, il s’agit là d’un pays qui représente 13% de la production de l’OPEP et 5,5% de l’offre mondiale. L’Iran avait aussi été exempté de l’accord sur les quotas car venant juste de sortir du régime de sanctions imposé par les Etats-Unis et l’Europe et avait grandement participé à soutenir l’offre mondiale. Or on sait ce qu’il a en coûté du renforcement des sanctions aux secteurs pétrolier et pétrochimique iraniens en 2015, 1 million de barils/jour. Le risque c’est donc que l’offre mondiale devienne très déficitaire…  même si l’Arabie Saoudite, c’est dite prête à faire un effort et qu’une « clause de revoyure » avait été introduite à la demande de la Russie lors des derniers accords de production. Le risque existe néanmoins, surtout les Etats-Unis ont mis une belle cacophonie au Moyen Orient et les risques de conflits s’accroissent. Déséquilibre entre l’offre et la demande, tensions géopolitiques, c’est une bonne base pour relancer la spéculation. Déjà en son temps Goldman Sachs avait jugé de plus en plus probable le pétrole à 200 dollars, c’était en mai 2007 et cela avait alimenté les prix à la hausse. L'impact des marchés financiers sur les cours, les fameux « futures » est énorme. Il faut avoir en tête quelques chiffres clés. Les volumes de pétroles qui y sont échangés représentent 35 fois le marché réel.


Concrètement, cela veut dire qu'il s'échange 35 barils virtuels pour un baril réel ! C'est donc une bourrasque quand les marchés financiers basculent. Or d’importants opérateurs misent sur la hausse et l’on fait savoir. C’est le cas de Bank of America qui n’exclut pas un baril à 100 dollars l’an prochain. Quant à Andurand Capital Management, un hedge fund opérant sur les matières premières, il a créé un buzz volontaire ou involontaire en laissant fuiter la perspective d’un baril à 300 dollars d’ici quelques années.


L’hypothèse d’un nouvel embrasement du prix du pétrole n’est pas encore une certitude, mais il faut l’avouer, c’est une hypothèse qui ne cesse de se renforcer depuis plusieurs semaines.


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