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Prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, baisse de la CSG pour certains retraités, annulation de la hausse de la taxe carbone, prime exceptionnelle défiscalisée… Le chèque des mesures d’urgence s’élève à environ 10,5 milliards d’euros auxquels s’ajoutent les décisions déjà prises pour 1,5 milliard. Au total, ce sont près de 12 milliards d’euros de pouvoir d’achat qui vont être injectés en 2019 par le gouvernement, l’équivalent de 0,8 point de revenu disponible. Avec en vue une baisse supplémentaire de 5 milliards d’euros de l’impôt sur le revenu en 2020. De quoi doper la consommation, voire l’investissement des ménages, donc la croissance.


Hausse des prix à la pompe


Sur le papier, la partition est parfaitement réglée. Mais deux séries d’obstacles pourraient rapidement faire déchanter. Il y a d’abord la mauvaise surprise du début de l’année, le prix du pétrole. Alors qu’il était anticipé comme devant évoluer sous sa moyenne de 2018 (soit en dessous de 71 dollars le baril), il fluctue depuis avril dernier à proximité de ce seuil. Comme cela s’ajoute à l’affaiblissement de l’euro face au billet vert, à la pompe et à la cuve, c’est la double peine : le prix du gazole flirte ainsi avec ses sommets. A près de 1,50 €, le litre de super est au plus haut depuis deux ans. Quant au fioul, il se rapproche également de son dernier pic. La contribution de l’énergie à l’inflation générale s’annonce donc légèrement positive là où elle était attendue comme légèrement négative. Bref, une partie des mesures de soutien au pouvoir d’achat sera consumée dans la hausse des prix.


La seconde série d’obstacles est lié au comportement des ménages. Le surplus de pouvoir d’achat peut être consommé, investi ou épargné. Pour qu’il y ait un impact direct sur la croissance à court terme, il faut qu’il soit ou consommé et/ou investi.


Investi, certainement pas. Les mises en chantier de logements comme les permis de construire donnent le la et ils sont en baisse l’un comme l’autre : parce que les prix sont trop élevés, parce que les aides ont été rognées, parce que le Pinel arrive en fin de cycle et parce qu’enfin l’immobilier est dans le collimateur de l’administration fiscale. L’investissement des ménages est en recul depuis trois trimestres maintenant, un recul qui s’amplifie et qui va perdurer tout au long de l’année.


Des signes de mauvais augure coté consommation


Reste la consommation. A priori, 2019 a bien commencé avec des dépenses des ménages en hausse de 0,4% en volume au 1er trimestre. Après la panne de la fin 2018, conséquence en partie de la crise des gilets jaunes, la machine semble relancée. Mais ce chiffre est en fait doublement très décevant. D’abord, après un zéro pointé ou presque au quatrième trimestre 2018, le rattrapage reste très limité et lissée sur deux trimestres, la hausse ressort à 0,2% seulement au moment même où l’impulsion sur le pouvoir d’achat est la plus forte. En d’autres termes, il y a eu des fuites et une part importante du surplus de revenus a pris la direction de l’épargne. La collecte nette du Livret A et du Livret de développement durable et solidaire (ex CODEVI) a quasiment atteint la barre des 10 milliards d’euros sur les trois premiers mois de l’année en hausse de 31% par rapport là même période de 2018. Il faut remonter en 2009, année de la généralisation de la distribution du Livret A dans les banques, pour trouver un tel afflux d'épargne. Seconde déception, le déroulement même du trimestre. Comme semble l’indiquer l’évolution des dépenses en biens manufacturés, il y a bien eu un effet report sur le mois de janvier, mais la dynamique s’est ensuite très vite enrayée, ce qui n’est pas de très bon augure pour la suite.


Et si les Français ne consomment pas plus, c’est que la confiance n’est toujours restaurée. Bien entendu, après avoir touché le fond, la confiance des ménages s’est redressée, mais elle se situe toujours en dessous de sa moyenne de long terme et sa remontée est de plus en plus lente. A cela s’ajoute la recrudescence des craintes sur l’évolution à venir du chômage, une situation propice à la constitution ou au renforcement de l’épargne de précaution.


Les Français ont fait de la rétention de dépense au 1er trimestre, au détriment de la croissance et il faudrait que la confiance revienne pour qu’il en soit autrement. Or, la confiance cela ne se décrète pas : cela se construit. Le risque est donc bien celui d’une grande désillusion cette année avec un taux d’épargne record et une croissance amputée.


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