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Xerfi Canal présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi
La question du chômage a pris le dessus sur celle de l'emploi en France. En relevant le défi d'une inflexion du chômage le Président de la République a finalement détourné l'intérêt de la variable dont la lisibilité est la plus forte. Pas de catégorie A, B, C D ou E, pas de radiation, pas d'impact erratique des mouvements de la population active. L'emploi a bien aussi ses zones de flou et de complexité, mais rien d'équivalent avec le chiffre du chômage qui est certainement la donnée la plus controversée de l'histoire statistique.
Et que nous disent les tendances de l'emploi aujourd'hui en France ?
Premièrement que la France continue à détruire des emplois. Et que l'on assiste au mieux à un ralentissement de la dégradation au premier semestre de 2013 pour reprendre la sémantique gouvernementale.
Le secteur marchand a détruit de l'emploi à un rythme de -80 000 par an au premier semestre de 2013. C'est nettement moins que dans la seconde moitié de 2012 où le rythme de la destruction voisinait 200 000.
Cette moindre dégradation est presque entièrement le fait de l'intérim qui est reparti à la hausse après avoir atteint un point bas en octobre 2012.
Le léger mieux de l'emploi total recouvre en fait un mouvement de restructuration qui n'a presque rien perdu en intensité
Et c'est sur l'emploi permanent que l'on saisit toute l'ampleur de la restructuration qui est à l'?uvre aujourd'hui. Le secteur marchand a continué à détruire massivement de l'emploi permanent, au rythme de 90 000 par an (à peine mieux qu'au second semestre de 2012). Surtout, la saignée a gagné en intensité dans l'industrie. Le secteur exposé reste et restera encore plusieurs trimestres dominé par les enjeux de restauration de sa productivité.
Les statistiques de l'ACOSS apportent un éclairage également intéressant : seules trois grandes régions connaissent une stabilité de l'emploi sur an. L'ile de France, L'Aquitaine et Midi-Pyrénées. Autrement dit, seuls les grands hubs technologiques ouverts à l'exportation limitent la casse aujourd'hui.
Les statistiques d'embauche permettent encore d'affiner le diagnostic. Elles ne décrivent bien sûr qu'un versant de la réalité, le côté plus de la variation nette de l'emploi. Mais cette variable hyper-sensible est utile pour déceler avec un peu d'avance les inflexions du marché du travail.
Elle nous indique que les embauches se sont au mieux stabilisées au cours des trois premiers trimestres de l'année, à un niveau qui présage un prolongement du mouvement de baisse de l'emploi hors intérim. De moindre intensité probablement car leur profil annonce aussi, ce qui pourrait être un point de retournement à la hausse.
Autre inflexion intéressante, la très faible hausse des embauches au 3ème trimestre recouvre deux tendances contrastées, une assez nette embellie parmi les entreprises de plus de 20 salariés, notamment industrielles et une dégradation parmi les TPE. C'est aujourd'hui le tissu des micro-entreprises qui est le plus en souffrance.
En définitive, les tendances récentes de l'emploi montrent que la France ne sort qu'en douceur de la phase d'ajustement qui a suivi la rechute de 2011. Le léger mieux de l'emploi global, combine en fait des tendances très contradictoires mais très cohérentes avec ce que l'on sait de la conjoncture. La partie de l'industrie qui peut prendre le large et s'extraire des tendances déflationnistes du marché européen est en phase de récupération. Pour le reste du tissu productif, la restructuration ou la lutte pour la survie reste à l'ordre du jour. Pour une véritable dynamique positive de l'emploi, celle qui découle de la synchronisation de tous les secteurs, il faudra donc attendre.
Olivier Passet, Emploi : les vraies tendances, une vidéo Xerfi Canal
Publié le mardi 12 novembre 2013 .
3 min. 55
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