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Une comparaison trop souvent faite, bien qu’elle n’ait aucun sens, consiste à comparer la gestion d’un Etat avec celle d’un ménage. Elle sert à justifier l’impossibilité pour le premier d’avoir une dette publique puisque « chacun sait bien » qu’un ménage doit rembourser la sienne. Cette assimilation entre un agent économique, l’Etat, qui n’a pas un horizon fixé et peut toujours renégocier indéfiniment sa dette et un ménage qui ne peut pas le faire, vise à rendre crédible le discours libéral qui se sert de l’existence d’une dette publique et du refus d’augmenter les impôts pour justifier la baisse de la dépense publique qui serait le seul moyen de rembourser cette dette.

Cette erreur de raisonnement est également faite quand on justifie cette réduction par l’écart insupportable entre le salaire brut et le salaire net, pour en déduire, en le présentant comme une démonstration, que cet écart traduit l’impasse du financement de notre modèle social et induirait un coût salarial pour les entreprises nuisant à leur compétitivité.

C’est ce que dit, par exemple, Denis Olivennes dans son livre, La France doit travailler plus, quand il écrit « Travailler plus pour gagner moins, voilà la martingale maudite du désarroi français ». Cette « martingale maudite » fait que, comme l’explique Pierre Cahuc, grand défenseur du libéralisme, « travailler en France rapporte beaucoup plus aux autres qu’à soi-même ».
Et les choses iraient de mal en pis comme le montre l’évolution du salaire moyen, pour lequel, pour 100 euros gagnés, le salarié en conservait 69 en 1968, 60 en 1987 et 54 euros aujourd’hui.

La conclusion qu’on en tire se veut imparable : qu’on baisse les cotisations sociales ou qu’on réduise drastiquement les dépenses publiques, il faut revoir la rémunération du travail en réduisant cet écart en salaire brut et salaire net, pour convaincre les Français de travailler plus.

Un chiffre est particulièrement convaincant pour ceux qui défendent cette politique, c’est l’évolution de nos dépenses publiques qui sont passées de 46 à 57 % du PIB, soit 310 milliards d’euros de dépenses supplémentaires chaque année. Et tout cela, abomination, pour des dépenses de protections sociales.

Il ne vient pas à l’esprit de ceux qui font ce raisonnement de voir que si on allait jusqu’au bout, en partant de ce niveau individuel du salarié, c’est-à-dire qu’on réattribuait ces 310 milliards aux salariés, ce salarié aurait certes vu son écart en salaires brut et net réduit, mais dans le même temps, les dépenses sociales correspondantes qu’il finançait n’existeraient plus.
Dès lors ce salarié devrait malgré tout continuer à payer l’éducation de ses enfants, mettre de côté en cas de coup dur, prendre des assurances pour se payer des soins, épargner pour sa retraite et bien d’autres services publics qui sont justement financés par l’écart entre le brut et le net.

Et puisqu’il n’y aurait plus de services publics, leur privatisation ne pourraient que les rendre plus onéreux. Pour ne prendre que l’exemple de la santé, les dépenses que les Américains y consacrent dans un système largement privatisé représentent 16,6% de leur PIB contre 12,7 en France où existe encore un service public. In fine on aurait une réduction des revenus que le salarié pourrait consacrer aux autres dépenses. Autrement dit, l’écart entre le brut et le net finalement disponible serait non pas réduit, mais bien au contraire augmenté.


Publié le lundi 30 juin 2025 . 4 min. 03

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