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L’économiste qui refusait de verdir le capitalisme

Gilles Rotillon est décédé le 11 juillet 2025, dans un silence médiatique révélateur. Professeur émérite à l’Université Paris-Nanterre, économiste de l’environnement, il aura marqué son temps par une pensée aussi rigoureuse que dérangeante. Discret, peu soucieux de notoriété, il n’en était pas moins présent dans le débat public. Il intervenait notamment sur Xerfi Canal, où ses chroniques incisives interrogeaient sans relâche les illusions du capitalisme vert. À rebours du consensus, Rotillon ne cherchait pas à rassurer, mais à éclairer.

Contre le marché-carbone, pour la lucidité

Rotillon fut l’un des premiers à démonter les rouages du marché européen du carbone. Ce système, censé réduire les émissions de CO2 via la création de quotas échangeables, produit selon lui des effets pervers : spéculation, allocations gratuites, inefficacité structurelle. Dès les années 2000, il pointait une contradiction majeure : on prétend résoudre une crise environnementale en déléguant sa gestion à un mécanisme de marché… celui-là même qui l’a engendrée.

La croissance verte ? Une fable dangereuse

Dans La croissance verte contre la nature (2012), Rotillon attaque l’oxymore au cœur du discours dominant. Non, la croissance économique ne peut pas être infiniment "découplée" de l’exploitation des ressources. L’innovation technologique, les gains d’efficacité, l’électrification… tout cela ne suffit pas à compenser la logique d’expansion permanente. Pire : les effets rebond annulent souvent les bénéfices annoncés. La solution, pour lui, ne passe pas par le marché, mais par la règle.

Un républicain de l’écologie

Rotillon ne plaidait pas pour une décroissance subie, mais pour une transition pilotée. Il croyait à la puissance publique, aux normes collectives, à une planification écologique assumée. Fidèle à une tradition keynésienne, il liait toujours les questions environnementales à celles de justice sociale. Il refusait qu’on fasse peser sur les plus modestes les sacrifices nécessaires, au nom d’une efficacité abstraite.

Ce qu’il nous laisse

Aux décideurs, il lègue une exigence : sortir du verdissement cosmétique. La responsabilité environnementale ne peut être un argument marketing. Elle implique des choix industriels, des renoncements, des régulations. Rotillon ne donnait pas des leçons, il proposait un cap. Et il est urgent de l’écouter – ou de le relire – pendant qu’il est encore temps.

Laurent Faibis
Directeur de Xerfi Canal


Publié le lundi 28 juillet 2025 . 0 min. 59

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