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Allemagne-France : le désamour

Publié le lundi 21 janvier 2013 . 4 min. 40

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Xerfi Canal présente l'analyse de Jean-Michel Quatrepoint, Journaliste-essayiste

« Il  n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour ». Si l'on s'en tient à cette définition éternelle, force est de constater qu'au sein du couple franco-allemand, les preuves d'amour manquent singulièrement. Certes, les deux pays vont célébrer, avec quelque faste, le cinquantième anniversaire du Traité de l'Élysée, symbole de la réconciliation franco-allemande. Certes, Angela Merkel et François Hollande vont nous gratifier d'une déclaration du cinquantenaire. Certes, les médias, et tous ceux qui nous expliquent, depuis des décennies que, sans l'Allemagne, la France n'a plus d'avenir, vont vanter l'axe Paris-Berlin et ses bienfaits.
Or, c'est à ce même moment que l'Allemagne choisit de multiplier les gestes, sinon inamicaux, du moins bien peu coopératifs. Témoignant par là que, pour ses dirigeants, la coopération est à sens unique et n'a de sens que lorsqu'elle prend en compte les intérêts de leur pays. C'est ainsi que l'on a appris que la Bundesbank allait retirer le stock d'or qu'elle avait en dépôt à la Banque de France. Il y en a pour 374 tonnes, pour une valeur d'un peu plus de 15 milliards d'euros. Il est vrai qu'elle va également rapatrier les stocks détenus à New York et à la Banque d'Angleterre. Un rapatriement, qui doit permettre à la Buba d'utiliser cet or, pour le monétiser éventuellement, à son profit, sans passer par la BCE. Le moins que l'on puisse dire c'est que, vis-à-vis de Paris, le moment n'est pas très bien choisi et que l'on ne saurait voir dans ce rapatriement une marque de confiance, encore moins une preuve d'amour.
On aurait bien aimé avoir aussi quelques signes dans le domaine de la Défense, en matière militaire. Or, sur l'intervention française au Mali, cela va de l'indifférence à la critique à peine voilée. Que l'Allemagne ne veuille pas engager des troupes au Mali cela se conçoit, mais qu'on utilise Outre-Rhin, l'argument comme quoi cette intervention risque de faire de l'Allemagne et de ses intérêts une cible pour les terroristes islamistes est proprement stupéfiant. Et semble indiquer que nous ne partageons plus tout à fait les mêmes convictions, ni les mêmes valeurs. L'Allemagne ne veut pas que l'Europe soit dotée d'un outil de défense. Pour le moment. Elle est prête à tous les compromis, afin de ne pas mettre en cause ses positions à l'exportation. En revanche, lorsqu'il s'agit de vendre des matériels militaires, là elle entend bien régner sans partage, exporter tous azimuts ses blindés, sous-marins, lance-roquettes, destroyers, etc. Il y a quelques semaines, Der Spiegel faisait sa une sur Angela Merkel en tenue de parachutiste, avec un titre évocateur : « des armes allemandes pour le monde ». Oui, l'Allemagne veut prendre la place des industries françaises sur les marchés d'armement : elle veut vendre, et surtout pas défendre l'Europe.
Mon propos va en choquer plus d'un : pourtant, il est temps que l'on ouvre les yeux. Ces preuves de désamour on pourrait les multiplier. Récemment, Berlin a refusé à Mercedes l'autorisation de vendre des chassis de blindés à des entreprises françaises qui voulaient exporter vers l'Arabie Saoudite. Dans le domaine énergétique, l'Allemagne joue en solo. Après l'abandon du nucléaire sans concertation, elle est en passe de faire adopter à Bruxelles le futur programme énergie-climat européen, qui sera la transposition pure et simple du modèle énergétique allemand. Avec un objectif : drainer les crédits européens vers les projets et les innovations, comme la pile à combustible, ou l'hydrogène, sur lesquels son industrie investit. Quant aux gestes pour la croissance que ses partenaires attendent ? Eh bien, ils attendront encore ! Même si l'économie allemande est, à son tour, touchée, pas question de relance. Bien au contraire, Angela Merkel prépare de nouvelles coupes budgétaires. Ce n'est pas là une grande preuve d'amour pour ceux qui, comme François Hollande, espère que l'Allemagne jouera le rôle de locomotive de la zone euro, en relançant sa consommation.
J'ai beau chercher, je ne trouve pas, en ce cinquantième anniversaire, beaucoup de preuves d'amour entre nos deux pays. La France a fait beaucoup d'erreurs. Elle a, certes, trop joué les cigales. Mais sa principale erreur, c'est sans doute de ne pas avoir compris que la relation entre nos deux pays doit être fondée sur la coexistence, et non sur la cohabitation. Cinquante ans après, le mariage franco-allemand bât de l'aile. Plutôt que d'attendre d'hypothétiques preuves d'amour, Il est temps de le dire, et d'en tirer des conclusions.

Jean-Michel Quatrepoint, Allemagne-France : le désamour, une vidéo Xerfi Canal
 




 





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