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L’annonce du plan de relance budgétaire de l’administration Biden, pour un montant exprimé en trillions de dollars, a déjà fait couler beaucoup d’encre. Trop ambitieux et insuffisamment ciblé, il risquerait d’embarquer les Etats-Unis dans une hausse des taux d’intérêt et du taux d’inflation, avec des conséquences plus ou moins favorables pour les autres pays, obligés de suivre la hausse des taux mais bénéficiant peut-être d’un gain en compétitivité si les prix américains augmentaient plus vite qu’ailleurs.
Vu la faiblesse actuelle des taux d’intérêt et des taux d’inflation mondiaux, on pourrait à l’inverse penser que les défauts du plan Biden en font toute la force : parvenir à renverser la tendance à la baisse des taux et produire un choc de demande salutaire pour sortir l’économie mondiale de l’ornière dans laquelle la pandémie l’a entraînée.


Ceci dit, la relation de causalité entre le plan de relance et les taux d’intérêt est tout sauf évidente. Comme on a pu le constater en 2020, les mesures d’urgence des Etats ont gonflé leurs dettes publiques tandis que les taux étaient maintenus bas. Bien sûr, les taux d’intérêt ont réagi aux politiques de soutien mises en place par les banques centrales. Qu’adviendra-t-il donc quand les mesures monétaires prendront fin ? Assistera-t-on à ce fameux effet d’éviction de l’investissement des entreprises non financières par les dépenses publiques, après la hausse des taux d’intérêt ?


Pour y répondre sans y répondre, faisons un bond en arrière. Nous sommes en 1985 et un économiste célèbre du Fonds Monétaire International, Vito Tanzi, fait paraître un article important : il montre, chiffres à l’appui, que la hausse des déficits publics aux Etats-Unis entre 1960 et 1984 a contribué à une hausse des taux d’intérêt de long terme, ceux-là même qui participent à déterminer les montants d’investissement privé. L’effet d’éviction existe bel et bien aux Etats-Unis, Vito Tanzi l’a rencontré !


Un an et demi plus tard, le Fonds Monétaire International fait paraître une réponse d’un économiste du secteur privé, Peter Spiro, à l’article de Vito Tanzi. Peter Spiro est bien embêté mais il ne peut pas se taire. Il a reproduit l’analyse statistique de Vito Tanzi, et il a trouvé les mêmes résultats que lui mais à une différence de taille près : Peter Spiro montre que la hausse des déficits publics réduit les taux d’intérêt, il ne les augmente pas ! Comment est-ce possible ? Tout simplement, parce que Vito Tanzi a mal interprété le signe de la variable de solde public qu’il a utilisée : il a pensé qu’un signe positif du solde public témoignait d’un déficit, alors qu’il s’agissait en fait d’un excédent. Il a donc montré, chiffres à l’appui, qu’une hausse de l’excédent budgétaire augmentait les taux d’intérêt aux Etats-Unis et qu’à l’inverse, une hausse du déficit budgétaire réduisait les taux d’intérêt de long terme, ceux-là même qui participent à déterminer les montants d’investissement privé. L’effet d’entraînement plutôt que d’éviction des dépenses publiques sur les dépenses privées existe bel et bien aux Etats-Unis, Vito Tanzi l’a rencontré !


Je sais, ce n’est pas gentil de se moquer. Errare humanun est et tutti quanti. Et je dois même avouer que Vito Tanzi a eu l’élégance de répondre à son contradicteur pour le féliciter de son travail.


Il s’est passé beaucoup de choses depuis le milieu des années quatre-vingt, et également dans le domaine statistique. Ceci étant dit, les travaux empiriques plus récents continuent d’opposer l’effet d’éviction et l’effet d’entraînement de la dépense publique sur la dépense privée. Alors oublions les présupposés mécaniques et ne nous emballons pas pour prédire le pire des politiques budgétaires mises en œuvre.


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