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L’économie mondiale a décroché. Mais elle surnage bien au-dessus de ce qui se serait produit sans l’intervention massive des États et des banques centrales. La sphère industrielle a presque repris son cours normal et dans son prolongement le commerce international. À tel point que certains marchés de matières premières sont déjà en tension, pétrole en tête. Et l’année 2021, en dépit de tous les freins qui éloignent les économies de la normalité, sera celle du rebond. Du rebond mécanique et peut-être plus si l’épargne constituée durant la crise alimente la consommation en différé.


Un possible syndrome « années 20 »


Il est possible que nous passions même par un épisode euphorique à partir du second semestre, que certains pressentent lorsqu’ils évoquent un syndrome « années 20 ». Ce n’est en effet pas à exclure, si l’on adjoint quelques « si » de précaution. Si les mutations du virus ne mettent pas à mal la parade vaccinale ; si le climat social, en effet boomerang, ne vient pas faire dérailler le processus ; si le désir de rush sur les services l’emporte sur d’autres pulsions de peur, de défiance ou sur les nouvelles habitudes de sobriété.


Nous avons de surcroit surligné que dans certains pays, et non des moindres, le soutien aux ménages était allé au-delà du simple maintien des revenus (aux États-Unis notamment). Et ces revenus, qui ont continué à croître, peuvent servir de carburant pour projeter rapidement l’activité au-dessus des niveaux atteints avant crise. D’autant que dans les services, les capacités ne jouent pas le même rôle de butoir que dans l’industrie.


Mais après que se passera-t-il ? Le résultat que j’évoque n’est dû qu’à l’injection massive de liquidité dans le circuit économique par les États. Et il faut imaginer la suite de l’histoire sans ce soutien. Car les plans engagés ne sont pas permanents. Il y a une grosse différence entre une injection temporaire qui booste un temps le PIB et s’annule par la suite, se transformant en choc négatif. Et un choc budgétaire permanent, où le surcroît de dépenses est renouvelé chaque année, un meilleur paramétrage de la couverture sociale ou une baisse du taux d’imposition par exemple. Or, nous sommes clairement dans le premier cas de figure. Les 160 milliards engagés par le gouvernement pour stabiliser l’économie en 2020 (entre dépenses nouvelles et pertes de recettes fiscales) n’ont pas vocation à être pérennisés. Idem aux États-Unis avec les chèques du plan Biden et sa gigantesque impulsion qui représente 9 % du PIB. Sommes-nous dès lors dans un syndrome Tex Avery où l’addition sur les revenus privés se paiera en différé ?


C’est ainsi que le Japon dans les années 1990 a été pris dans un engrenage. Où renouvelant et amplifiant ses plans de relance d’année en année, pour éviter un effet de soufflé sur son PIB, son déficit est devenu structurel et a propulsé sa dette à près de 250% du PIB aujourd’hui, et ce, dans un contexte de taux zéro, sans effet boule de neige.


L’argent injecté n’est pas un plan de relance


En vérité, nous ne sommes pas encore dans ce cas de figure. L’argent injecté n’est pas à proprement parler un plan de relance. Ayant engagé un effet multiplicateur tangible sur l’activité. Nous n’avons pas vécu une séquence où le surcroît de dépenses publiques et de revenus induits se serait transformé en surcroît de consommation, d’investissement, de production, etc. La consommation comme l’investissement sont restés entravés par les restrictions sanitaires et l’État n’a pas gommé la perte d’activité par son surcroît de dépenses. Partout, le PIB a décroché dans des proportions variables en fonction des freins sanitaires. Les États ont juste préservé la solvabilité des agents privés et cet argent faute d’avoir été dépensé est pour l’heure thésaurisé. Il se convertira en surcroît de dépenses au moment de la normalisation sanitaire. Il produira alors un effet à diffusion plus ou moins lente, qui finira par s’étioler. Les gouvernements ont juste préservé les fondamentaux de la demande, et dans certains cas, même, les ont améliorés.


La véritable inconnue se situe du côté de la capacité de réponse instantanée des capacités. Nous sommes aujourd’hui, dans un certain nombre de secteurs en situation d’hibernation. Quelle sera la casse sur les capacités à la sortie ? Pour d’autres secteurs, le surcroît d’endettement à court terme exerce une pression sur les coûts, différée, elle aussi. Le risque se situe dans ce désajustement entre l’offre et la demande qui peut créer un défaut d’embrayage. Il n’y aura sans doute pas un syndrome Tex Avery, mais un dilemme pour les gouvernements, soit de remettre au pot (comme c’est le cas aux États-Unis qui préparent déjà un second train de relance de 3000 milliards) pour limiter le freinage de l’activité par l’offre, soit de privilégier l’assainissement des finances publiques, avec une base fiscale affaiblie. Ce second scénario ne sera pas celui d’un soufflet qui retombe, mais celui du poison lent d’une rigueur qui alimente la rigueur et mine un peu plus la croissance potentielle.


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