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Décrypter la vraie stratégie de crise de Macron

Enregistré le mardi 11 décembre 2018 . 5 min. 36

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Quel président n’a pas eu son acte 2 depuis un demi-siècle : Pompidou avec la fin de la nouvelle société de Chaban, Giscard avec Barre, Mitterrand avec le tournant de la rigueur de 82-83, Chirac avec le tournant forcé du jospinisme, Sarkozy avec le tournant de la relance de 2008, Hollande avec le tournant de l’offre de 2013-2014…. Comme s’il y avait une fatalité française à mettre en œuvre le programme pour lequel on n’a pas été élu.


L’heure a apparemment sonné pour Emmanuel Macron, lui, qui, il y a encore quelques semaines, faisait figure de Lucky Luke de la réforme, dont la vitesse de tire laissait les corps intermédiaires en état de sidération. Son discours solennel du 10 décembre est-il le jalon de ce fameux tournant auquel aucun président ne paraît devoir échapper ?


Une réponse à l’urgence sociale


La réponse à l’urgence sociale est bien là. Ce sont dix milliards, peut-être plus, qui sont « reroutés » vers les ménages, notamment les plus vulnérables. Le chèque est gros, pour endiguer la colère virale des perdants de la mondialisation. Mais est-ce vraiment un tournant ? Non assurément non, et pour l’heure Macron tente encore d’échapper à la fatalité de la cinquième république. Ça a la couleur du tournant, ça a le goût d’un tournant… et l’on pourrait ajouter que ça a le ton sur-joué du tournant, mais ce n’est pas un tournant. Pour en prendre la mesure rappelons ce qu’est le macronisme.


C’est d’abord la flexisécurité avec tous ses corollaires : une moindre protection de l’emploi au niveau de l’entreprise plus un filet de sécurité financé par la collectivité, c’est-à-dire l’impôt. Ce qui implique de rompre avec la logique assurantielle française, qui adosse le financement de la protection des salariés via les cotisations, au prorata de leur revenu. C’est stimuler ensuite l’offre de travail par des incitations, pour diminuer la composante volontaire du chômage (ce que l’on appelle l’activation des chômeurs). C’est recentrer le social sur les plus démunis, en mettant des conditions de ressources qui lui font perdre son caractère général. Macron revient-il sur cette ligne ? Non. Les ordonnances travail demeurent. Le Smic augmente ni plus ni moins que l’inflation. Et c’est à travers la prime d’activité, financée par l’impôt que s’organise le soutien au pouvoir d’achat des plus pauvres. En la matière, Macron ne fait qu’accélérer la mise en œuvre de ce qui était déjà programmé à horizon 2021 et conforte sa philosophie de recentrage du social sur les plus pauvres.


Le travail doit payer


Le Macronisme, c’est encore une thérapie de l’offre. Du côté du travail, cela signifie que le travail paie, et qu’il paie d’autant plus que l’on travaille plus. C’est donc, déverrouiller de façon soft le plafond des 35 heures, à la façon de Sarkozy, en jouant sur la négociation d’entreprises et sur l’incitation aux heures sup. La « désocialisation » des heures sup était déjà programmée fin 2019. Et les annonces présidentielles ne font qu’accélérer et approfondir un élément du programme présidentiel en les défiscalisant intégralement. Du côté des entreprises ensuite, la thérapie de l’offre induit une baisse des charges et des impôts. Or cette dernière, même si elle subit quelques réglages pour en diminuer l’impact budgétaire en année pleine sur 2019, est intégralement maintenue à terme.


Le Macronisme c’est aussi une fiscalité favorable au capital. Là encore, ni du côté de l’impôt sur la fortune ni de la flat tax sur les revenus du capital, les choses ont bougé. En contrepartie, la réaffirmation de la lutte contre l’évitement fiscal (l’optimisation des plus riches et des grands groupes, notamment des géants du net) s’inscrit dans le droit fil des déclarations d’intention du candidat Macron.


Un coup d’accélérateur risqué


Alors certes, il y a le revirement sur la taxation écologique et l’élargissement de l’exemption de la CSG pour les retraités. Là il y a recul c’est vrai. Mais juste pour avoir oublié dans l’ivresse d’une réussite trop facile, que les réformes, ça s’achète en indemnisant les perdants. Et ça, c’était aussi une promesse du Macronisme. Moins de recettes sociales, recentrage de l’aide sur les plus précaires… C’est sous cette contrainte que Macron veut opérer la réforme de l’État et de la structure des dépenses publiques dont il a réaffirmé l’impérative nécessité ce qui implique nécessairement plus d’efficacité. Pas de rupture là encore. Je passe ici sur la réforme institutionnelle, aux contours bien flous. Pour conclure que le 10 décembre ne marque pas un tournant mais un coup d’accélérateur pour reprendre la maitrise d’un véhicule… avec tous les risques que cela comporte, lorsque c’est l’histoire qui bifurque.


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