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Désarroi des classes moyennes et montée des populismes

Publié le mercredi 16 mars 2016 . 4 min. 49

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Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur des synthèses - Xerfi

 

Le malaise des classes moyennes n’est pas ou plus une exception française. Les partis traditionnels vacillent presque partout, en même temps que la majorité silencieuse, bascule d’un consentement implicite à une réprobation sourde du système. La rébellion contre les élites, contre l’emprise de la haute finance, contre l’idéologie de l’adaptation permanente, traverse aujourd’hui la plupart des sociétés des pays avancés. Avec la résurgence d’un socialisme canal historique d’un côté. Et un repli identitaire nationaliste ou régionaliste de l’autre. Et le plus frappant, c’est que les pays anglo-saxons, que l’on se représentait comme ceux dont les populations adhéraient le plus au jeu dans lequel leurs économies s’inséraient, sont aujourd’hui touchés par le même malaise.  Au socialisme old school de Bernie Sanders ou de Jeremy Corbyn, répondent aujourd’hui les surenchères anti-Washington et anti-mondialiste d’un Trump ou anti-Londres et UE du UKIP britannique. Bref, les classes moyennes tiennent la mondialisation coupable de leur déclassement, et l’on ne peut plus s’en tenir aux grilles d’interprétation du type Yann Algan et Pierre Cahuc, sur la défiance comme fruit de trop d’étatisme et de corporatisme pour l’expliquer. D’où provient alors ce malaise général ?

 

En 1 : D’abord du fait que l’ajustement transitoire qui devait ouvrir les portes du paradis est perçu de plus en plus comme un ajustement sans fin. La crise de 2008, avec la nouvelle couche de sacrifice qu’elle a exigée, a détruit l’illusion de lendemains qui chantent sur des marchés mondiaux portés par le développement des émergents. Ce n’est pas une ère de croissance mondiale qui s’ouvre, mais l’horizon de la stagnation séculaire, où ce que l’on gagne par ses efforts c’est la survie.

 

En 2 : La panne de l’ascenseur social : partout, la flexibilité est à deux vitesses.  L’ajustement pèse  sur une frange de la population à qui l’on offre d’autres perspectives que d’alterner les petits boulots mal rémunérés. Et cette dualisation s’observe partout.  En France, comme ailleurs la précarité extrême est une trappe dont on ne sort pas et qui se resserre sur 8 à 10 % de la population la plus vulnérable.  Et à l’autre bout, les ultra-riches évoluent dans des sphères tellement décalées qu’elles ne peuvent plus servir de modèle attractif et imitable.

 

En 3 :  la fin du mythe d’une classe moyenne heureuse. L’idée qu’une qualification raisonnable permettait au plus grand nombre de s’insérer, sur une base stable et avec une rémunération convenable a vécu.  Ce sont aujourd’hui les classes moyennes qui sont aux premières loges face au « tsunami » numérique. Ce sont leurs métiers, emblématiques du salariat de l’économie post-industrielle, qui sont massivement menacés : les métiers d’employés qualifiés (administratifs, contrôle, gestion, middle management, vente etc.) sur lesquels s’était opéré le gros du déversement de l’emploi industriel dans l’après-guerre. Cette délégitimation du travail, mêlée à la peur du déclassement sont anxiogènes.

 

En 4 : Les pression pour plus de la créativité et d’autonomie : elles sonnent le glas de la routine confortable, d’une subordination réduisant l’incertitude, d’un cahier des charges permettant à chacun de se laisser porter par la structure bienveillante. Cette demande d’autonomie, et la prise en charge par les algorithmes du contenu ritualisé du travail, sont facteur de stress. C’est surement là qu’il faut chercher la cause première de l’épidémie du mal-être au travail et notamment des burnout.

 

5 : La métropolisation enfin…Deux pays en un…dans lequel se singularisent les grandes agglomérations temple de l’économie de la connaissance, des bobos, du politically correct, et d’un social libéralisme pondéré… Il suffit de regarder aujourd’hui le PIB par habitant  du grand Londres par exemple et de le comparer à la moyenne, mais aussi de la région parisienne ou d’autres grandes régions européennes… pour comprendre que ces grands hub mondiaux, construisent des exceptions politiques, culturelles et entretiennent la fracture des élites avec le plus grand nombre.

 

Bref, le capitalisme est en panne d’inclusion. Et à défaut de réinventer les conventions indispensables pour maîtriser cette machine infernale à détruire les classes moyennes, c’est aussi la croissance et la démocratie que l’on met en danger.

 

Olivier Passet, Désarroi des classes moyennes et montée des populismes, une vidéo Xerfi Canal TV


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