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03/02/202105:46

Le degré extrême d’incertitude qui caractérise l’après-COVID, les pertes abyssales que devront affronter certaines entreprises et les besoins colossaux d’investissement que nécessitent les reconversions écologique et digitale de certains secteurs vont remettre inévitablement la question des nationalisations temporaires sur le devant de la scène.


L’État préserve le capital et ses détenteurs


Cette question est d’autant plus prégnante que les États ont injecté une masse considérable d’argent pour maintenir à flot le tissu productif. Cette injection, adossée à de la dette, bénéficie certes aux ménages. Mais en prenant à sa charge une partie des coûts de production, l’État préserve par la même aussi le capital et ses détenteurs. Il limite la dépréciation des actions, les pertes de patrimoine liées aux faillites. Et il dispense les actionnaires de la prise de risque considérable qu’induirait la recapitalisation de secteurs au bord du gouffre. Tout cela au prix d’un transfert de charge sur la collectivité, autrement dit sur le contribuable.


Dans le cas français, plus de 75 milliards d’euros sont venus soutenir la profitabilité et la trésorerie des entreprises en 2020. À cela s’ajoutent les 100 milliards du plan de relance, presque intégralement fléchés sur les entreprises. Et les pertes potentielles adossées aux 132 milliards de prêts garantis par l’État. De surcroît, on le sait, la facture ne s’arrêtera pas là. Certaines entreprises comme Air France devront être à nouveau renflouées.


Pour l’heure, cette intervention a limité les pertes de revenus et d’emploi des ménages. Mais elle a aussi permis de maintenir à flot la profitabilité des entreprises avec pour effet collatéral, un maintien des cours boursiers qui a immunisé les actionnaires des pertes potentiellement colossales induites par la crise. Et ce soutien a aussi permis de conserver un flux de dividendes à un niveau qui est certes en retrait par rapport à l’an dernier, mais qui est très au-delà de ce qui se serait produit sans l’aide de l’État. Certes, les versements les plus élevés de 2020 sont le fait de groupes qui comme Total et L’Oréal ont préféré conserver toute liberté en renonçant aux aides publiques. Ils sont le fait d’entreprises comme Sanofi, Danone, Air Liquide… qui ont été boostées ou peu impactées par la crise. Il n’en reste pas moins, que toutes les entreprises profitent indirectement du soutien systémique aux marchés que procure l’injection d’argent public dans l’économie.


Nationaliser pour sauver, adapter ou reconvertir


Se pose alors un véritable problème d’équité. Les actionnaires se retrouvent immunisés d’un risque pour lequel ils sont rémunérés. Ils bénéficieront de surcroît dans le futur des gains en capital que génèrent les investissements de l’État pour accélérer la reconversion des industries. Ils seront donc récompensés d’un risque qu’ils n’ont pas pris. Et ce faisant, l’État se prive des plus-values potentielles qui pourraient renforcer le financement de sa politique industrielle. Le problème d’équité se double donc d’un problème d’inefficacité.


L’État n’en a pas fini avec les grands malades industriels du COVID. À l’instar d’Air France par exemple, qui va avoir besoin d’une nouvelle injection de liquidité et d’une recapitalisation, malgré les 7 milliards déjà versés par l’État. Avec la crise du transport aérien, c’est tout le plan de charge d’Airbus qui est remis en cause. Avec un enjeu industriel de premier plan : accélérer le basculement de l’aéronautique sur une énergie propre, si l’on ne veut pas que ce secteur névralgique soit déclassé demain. Et la problématique est la même dans l’automobile, où l’État sera un acteur clé du financement de la conversion écologique à travers le soutien à la R&D, les subventions au marché électrique, et l’adaptation des infrastructures.


Dans tous ces secteurs qui sont en première ligne de la crise sanitaire et de l’enjeu de décarbonation de l’économie, il faudra faire vite et fort. Au coût du sauvetage à court terme s’ajoutent ceux de la restructuration et de l’adaptation. Historiquement, la situation de faillite potentielle est souvent l’élément déclenchant d’une nationalisation. C’est le moment où l’entreprise est décotée et où son faible prix peut laisser présager une plus-value future importante si la reconversion et la restructuration sont réussies. C’est ce qui s’est produit en particulier pour General Motors en 2009. Lors de sa remise sur le marché en 2013, sur les 49,5 milliards de dollars du plan de sauvetage, l’État en a récupéré 39. Un coût net de 10 milliards à mettre au regard aussi des 1,2 million d’emplois et des 39,4 milliards de dollars d’impôts qui auraient été perdus si l’entreprise n’avait pas vécu.


Bref, les États entrent dans une période où ils devront inévitablement venir et revenir en soutien à la trésorerie des secteurs les plus sinistrés et assurer leur reconversion au prix d’investissements au rendement différé à long terme. Le mode de financement de ce soutien ne sera pas neutre pour les contribuables. L’avantage de financer cette transition par actions, c’est précisément que leur prix incorpore les promesses du long terme. Et que l’État comme le contribuable peuvent récupérer leur mise bien plus tôt et la réinvestir en cas de réussite.


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