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La France aurait-elle perdu son génie en matière de productivité ? C'était jusqu'il y a peu un des rares points forts que lui concédaient les institutions internationales, dans leur exercice de comparaison. La France était le plus souvent décrite dans les années 2000 comme une économie ankylosée par sa protection de l’emploi, le poids élevé de sa fiscalité sur le capital, le poids des charges sociales pesant sur le travail, et sa moindre durée du travail, mais sauvée par sa productivité horaire parmi les plus élevées au monde. Une productivité aux effets ambivalents, puisque cette efficacité avait pour contrepartie une forte sélectivité de l’emploi, couplée à un niveau de chômage structurellement élevé.


Un modèle à imiter


Dans les années 2000-2010, au milieu d’un bashing incessant du monde anglo-saxon sur l’archaïsme français, fleurissaient de temps à autres quelques commentaires laudatifs sur l’efficacité du travail à la française. En 2015, The Economist pointait le fait que si un Français s’arrêtait de travailler le vendredi, il produirait encore plus qu’un salarié britannique. Et quelques rares économistes hétérodoxes américains, à l’instar de Joseph Stiglitz, voyaient même dans la France un modèle à imiter, la générosité de son système social étant consubstantielle de son efficacité productive. De manière plus retorse, nombre de commentateurs soulignaient la bonne performance des entreprises françaises dès lors qu’elles opéraient en dehors du territoire. Comme si aguerris à l’art de la gestion en milieu hostile, les patrons français faisaient des étincelles dès lors qu’ils baignaient en environnement plus business friendly. La presse vantait le succès des patrons français aux quatre coins du monde, avec pour porte-étendard Carlos Ghosn auréolé du redressement de Nissan. Et dans leur sillage, les cadres dirigeants français étaient réputés pour être de plus en plus convoités à l’international, parce que plus que d’autres ils savaient rationaliser les organisations.


Mais cette narration est-elle encore valide ? La tendance de la productivité horaire hexagonale n’a cessé de décélérer au fil des décennies, jusqu’à basculer en territoire négatif depuis la crise sanitaire, sans redressement palpable à ce jour. Surtout, cette décélération est plus marquée qu’ailleurs. La productivité française qui surplombait de plusieurs points celle des pays du G7, dont celle des États-Unis ou de l’Allemagne, est revenue dans le rang en l’espace de 15 ans. Et rien ne dit que le mouvement s’arrête là. Clairement, la France ne fait plus exception.


Changements de politique économique


Paradoxalement, ce relâchement va de pair avec une réorientation de la politique économique en faveur des entreprises : baisse des charges d’intérêt, après 2008, facilité de la dette, baisse de la pression fiscale et sociale, et allégement du droit du travail. Un tournant en faveur de l’offre qui est mené avec constance depuis 2013. Or, nous sommes loin des attendus de ces politiques, selon lesquels, le surcroît d’investissement qui en résulterait boosterait l’efficacité productive. Au contraire, tout se passe comme si la plus forte aisance financière dont bénéficient les entreprises, avait relâché la garde en matière de rationalisation des organisations. La France s’inspire du modèle anglo-saxon et sa productivité « s’anglo-saxonise ». Plus d’emplois cadres non directement productifs, qui viennent épaissir les coûts fixes, plus de services externalisés à bas salaire et travail dégradé, et financiarisation des stratégies industrielles qui privilégie les effets de levier par la croissance externe au détriment du développement organique des entreprises.


Un avenir incertain pour la productivité française


Cet effet n’est pas tout à fait une surprise. Le Royaume-Uni a connu un violent décrochage de sa productivité durant les années Thatcher. Et Gilbert Cette a depuis longtemps mis en garde sur le fait que la productivité hexagonale était biaisée par l’étroitesse de sa base d’emplois, autrement dit par les effets de sélection. Le problème, c’est que pour passer d’une productivité par la rationalisation à la française, à une productivité par l’investissement, l’innovation et la prise de risque, ce ne sont pas les mêmes talents qui entrent en jeu. Les cost-killers sont rarement de grands créatifs. Cela prend du temps et demande un accompagnement de l’État. Le Royaume-Uni, n’y est jamais parvenu. Et la France, si elle croit trop à son génie passé et à la magie des politiques de l’offre, risque elle aussi de vite déchanter, ne récoltant que la paupérisation de son système social.


Publié le mercredi 21 février 2024 . 5 min. 03

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