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L'imposture du chiffrage des programmes présidentiels

Publié le lundi 27 février 2017 . 5 min. 09

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L’heure est au chiffrage des programmes. Le chiffre comme label de sérieux. Il y a, à ce moment, un double présupposé. 1/ La formalisation des propositions a atteint un degré de précision qui permet d’y adosser un coût. 2/ Elles ont reçu la caution d’économistes crédibles. L’empoignade politique va soudainement se parer des habits de la rigueur et de la technicité. Et les médias connivents s’empressent de mettre en scène le match des programmes, qui se transforme alors en match des millions et des milliards.


Les chiffres comme caution rationnelle

Ce rituel du chiffre est utile parfois. Il suffit de prendre la mesure de l’impact qu’a eu la querelle des chiffres autour du nombre des fonctionnaires à supprimer, dès les primaires de la droite. Il est clair que le chiffrage a révélé la dureté de l’objectif des 500 000 fonctionnaires en moins endossé par François Fillon, au regard du flux naturel des départs à la retraite. Surtout si l’âge est décalé à 65 ans comme le préconise le candidat. Il est clair aussi que, concernant le revenu universel, certains chiffrages à plus de 400 milliards, même s’ils sont débattus, tendent à dégriser les esprits, et obligent ses partisans à en préciser les modalités crédibles.


Mais croire que le chiffre garantit un basculement de la subjectivité vers la rationalité est plus que jamais une illusion. Car cette campagne, même si elle peut donner l’impression d’être indigente sur le plan des idées, est tout sauf cela. Rarement les postures idéologiques n’ont été aussi typées.


Des postures idéologiques qui n’ont jamais été aussi fortes.

Fillon, candidat de l’électrochoc de l’offre, a face à lui son antimatière en Mélenchon, champion de l’électrochoc keynésien. Deux postures idéologiques fortes, qui rejouent l’éternelle partie Hayek versus Keynes. Le premier part de l’hypothèse que la France est exclusivement malade de son déficit de compétitivité. Le second que tout relève de la demande.


Deuxième partie frontale : Macron candidat de la société de la fin du salariat… face à Hamon, candidat de la fin de l’emploi.  L’hypothèse de l’un n’a rien à voir avec celle de l’autre. Le premier projette une société où le travail prolifère, si on sait le libérer de son carcan réglementaire. Le second le voit se raréfier sous l’emprise des robots. Deux philosophies du progrès technique qui changent tout concernant la manière de concevoir la fiscalité du capital, l’un voulant l’alléger pour favoriser la transition numérique, l’autre l’alourdir.


Et puis enfin, la tradition souverainiste, incarnée par Marine Le Pen et Dupont-Aignan, qui fait front contre tous. Avec la croyance que les nations peuvent reprendre en main leur destin dans un monde globalisé.


Derrière chaque chiffrage, un credo qui relève du pari

Nous pouvons certes mettre en chiffres les programmes. Produire un bouclage crédible  les dépenses s’autofinancent peu ou prou. Il n’en reste pas moins que derrière chaque chiffrage il y a, à chaque fois, un credo qui relève du pari.

 

Fillon s’assoit sur les multiplicateurs, c’est son droit, mais le réalisme de son programme ne tient qu’à cette hypothèse hasardeuse. Hasardeuse au regard du mea culpa récent du FMI ou de l’OCDE et de tout ce qu’a montré l’histoire récente. Mélenchon les surestime, c’est son droit. Mais la soutenabilité de son programme ne tient qu’à cela. Et là encore nous sommes en droit d’en douter.  Macron nous ressert une homéopathie de l’offre, à la Hollande ou à la Renzi, comme le sésame qui va nous permettre demain de convaincre l’Allemagne de se joindre à l’idée d’un budget européen. C’est le syndrome du bon élève … dont on peine à croire qu’il suffit à vaincre la divergence des intérêts européens. Quant à Hamon, il nous projette un peu rapidement dans un monde qui n’est pas, pas encore du moins, celui des robots. Créant l’illusion que face au ras-le-bol fiscal, il existe une solution simple : le consentement des robots, dépourvus d’état d’âme, à payer l’impôt. Enfin le pari souverainiste, qui survend l’idée des gains de la non Europe, pari pour le moins aventureux.

 

Bref. Le chiffre arrive aujourd’hui pour servir de caution à ces différents paris. Pour les uns archaïques. Pour les autres homéopathiques. Pour les derniers aventureux. Mais cela ne retire rien au fait que la présidentielle reste d’abord un concours de croyances.

 

 

Olivier Passet, L'imposture du chiffrage des programmes présidentiels, une vidéo Xerfi Canal TV.


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