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Le leadership technologique de la Chine, avec pour arrière-plan le décrochage américain, est-il inexorable à terme ? La Chine, on le sait, a surpassé tous les pronostics en matière de montée en gamme. Le pays atelier de piètre qualité investit aujourd’hui tous les segments clés qui lui permettent de prendre à terme le leadership : dans le domaine des biotechnologies, et notamment du génome, de l’aéronautique et aérospatial, des énergies vertes, etc.


Derrière cette remontada, un volontarisme acharné des pouvoirs publics, mobilisant tous les leviers :

- le capital humain d’abord, à travers la montée en puissance des universités et des laboratoires de recherche,
- des programmes de commande publique répliquant le modèle du complexe militaro-industriel américain,
- l’espionnage et la prédation de la propriété intellectuelle à travers l’appropriation des technologies dans la cadre de joint-ventures avec l’Occident ou le cyberespionnage,
- le protectionnisme,
- la croissance externe qui permet maintenant aux groupes chinois d’acquérir des entreprises occidentales, ou l’emprise politique sur Hong-kong ou Taïwan.


Une logique de rattrapage avant tout


Les résultats sont aujourd’hui spectaculaires. Mais si la Chine se bat aujourd’hui sur la frontière technologique dans un certain nombre de domaines encore circonscrits, sa problématique prédominante reste encore celle du rattrapage. Quand elle duplique par exemple les géants du numérique américains ou qu’elle se dote de lanceurs dans le domaine de l’aérospatial : imiter alors que l’on dispose d’un avantage en termes de coûts unitaires par rapport au leader, c’est le « pain blanc » en termes de parcours de développement, comme l’ont montré par le passé les dynamiques de l’Europe, puis du Japon, qui se sont brisées sur l’écueil de la frontière technologique. Mais on le sait aussi, ce qui a été longtemps l’avantage suprême du système d’innovation américain, c’est la taille de son marché, lui permettant de définir les standards et de bâtir des économies d’échelle plus rapidement que ses concurrents. Et sur ce plan, la Chine dispose d’un avantage.


Sur le papier la prise de leadership n’est pas encore d’actualité. La R&D américaine représente 3,1% du PIB contre 2,2% d’un PIB chinois qui représente les deux tiers du PIB américain. Autrement dit, en niveau absolu, exprimé en dollars, la R&D chinoise représente 49% de la R&D américaine, qui dispose encore de plusieurs longueurs d’avance… Néanmoins, un labo chinois, un chercheur chinois coûtent nettement moins cher que leurs homologues américains. Si je corrige maintenant l’indicateur des écarts de coûts de part et d’autre du Pacifique pour m’approcher d’une notion en volume, la masse de la R&D chinoise est dès à présent proche de 90% de la R&D américaine. La dynamique joue de surcroît en faveur de l’empire du Milieu, que l’avantage en termes d’échelle de taille devrait propulser très au-dessus des États-Unis. Néanmoins, la dynamique récente montre que le rattrapage ne joue déjà plus avec la même vigueur. La R&D, c’est d’abord du capital humain, et ce capital ne se fabrique pas aussi facilement que des machines, quel que soit le volontarisme public. Et même si le prix Nobel est certainement un indicateur biaisé de la suprématie américaine, le nombre de récompenses obtenues par la recherche US dans les sciences exactes depuis 2000 — 96 contre 2 pour la Chine — montre le vivier en termes de créativité et d’attractivité des cerveaux confèrent encore une puissance de feu très supérieure à l’Amérique.


L’arme fatale US : la prédation par le capital


De surcroît, l’actualité récente le rappelle, le triptyque du succès qui sous-tend la suprématie américaine en matière d’innovation continue à produire tous ses effets. Derrière cet ascendant, il y a :

1. Des commandes publiques massives, organisées et fléchées par les agences fédérales, autour de grands programmes, qui irriguent le tissu productif innovant, avec la part belle réservée aux PME depuis le Small business Act de 1953.
2. Un modèle de financement exemplaire de l’amorçage, avec le système des small business investment companies, fonds privés agréés par l’État, que l’administration américaine soutient via des garanties et des cofinancements, véritable tremplin pour toute l’industrie du capital investissement américain.
3. Une valorisation par les marchés des entreprises à fort potentiel, qui leur confèrent un pouvoir de croissance externe et d’acquisition des brevets aux vertus autoréalisatrices, à l’instar de Tesla dont la capitalisation boursière excède celle de VW, Toyota, Ford, General Motors, Renault, Mercedes et BMW réunis, en ayant écoulé à peine un demi-million de véhicules l’an dernier… La prédation par le capital reste encore l’arme fatale américaine.


L’actualité des vaccins où l’Amérique a joué sur le double levier des commandes et de l’acquisition des brevets montre que ce triptyque de la puissance technologique américaine est encore opérant, notamment lorsqu’il marche en binôme avec l’Europe, et qu’il ne faut pas trop vite enterrer les chances américaines de résister à l’offensive chinoise.


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