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La France de l'emploi bloqué : chômage et postes vacants

Publié le mercredi 24 octobre 2018 . 5 min. 18

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Paradoxe en France, le chômage métropolitain flirte encore avec 9%, et pourtant, les entreprises peinent de plus en plus à recruter. Certains y voient un facteur bloquant de la reprise en cours.

 
Et c’est vrai qu’en France, c’est compliqué de recruter, notamment pour une PME. Mais, ça on le sait depuis longtemps. Les PME désignent même la « difficulté à embaucher » comme le premier frein à leur croissance. Selon le baromètre trimestriel réalisé par Bpifrance et Coe-Rexecode, 52 % des PME signalaient en mai cet élément leur principal frein à leur croissance, loin devant la concurrence accrue ou le manque de débouché. Un chiffre en hausse par rapport aux trimestres précédents. Et 46 % des entreprises butant sur ce frein, estimaient que cela impactait déjà leur niveau d’activité. Les PME, on le sait se font siphonner les compétences par l’administration et les grands groupes qui recrutent des surqualifiés au regard de leurs besoins réels. C’est l’avantage des perspectives de mobilité professionnelle, de sécurité et des avantages monétaires et non monétaires qu’offrent les grandes structures. Les PME, elles ne disposent pas des mêmes moyens RH, des mêmes outils de formation en interne. Elles recherchent la perle rare, soit hyperspécialisée, soit polyvalente. Et elles n’ont pas droit à l’erreur, car l’erreur leur coûte cher. Mais, cela c’est un problème structurel. Latent. Propre aux PME… de France, ou d’ailleurs.

 
Et puis en France, en période de reprise, les indicateurs de difficulté de recrutement se tendent rapidement dès que l’emploi reprend et qu’un nombre croissant d’entreprises se met en quête d’une nouvelle embauche. 1/ D’une part, au premier souffle de reprise, les entreprises sont brutalement confrontées à un taux de départ volontaire accru, de salariés qui cherchent mieux ailleurs. Et c’est un problème pour des employeurs sous-équipés en DRH. 2/ Elles recherchent davantage de CDI, ou des CDD plus longs et là, les exigences changent. Trouver le candidat remplissant les critères, c’est compliqué. 3/ Et puis lorsqu’une crise dure, elle détruit des compétences hyper spécifiques dans certains domaines qui ont tourné durant 10 ans au ralenti.

 

Les difficultés de recrutement, signes de la vitalité des embauches

 
Mais tout cela signifie-t-il que l’embauche constitue déjà un facteur bloquant de premier ordre pour la croissance ? Cela veut-il dire que le taux de chômage structurel, incompressible, à 9%, coince toute perspective de prolongation de la reprise et que les entreprises sont déjà condamnées à faire des enchères sur les salaires, pour attirer les rares talents disponibles. Bref que la surchauffe n’est pas loin.

 
Il y a ceux qui fixent leur attention sur la courbe des difficultés de recrutement que délivrent les enquêtes de conjoncture auprès de l’industrie et des entreprises de service. A première vue, les pics de difficulté d’embauche sont proches de ceux observés à la veille de la crise de 2008. Pire, le pourcentage d’emplois vacants bat tous ses records. C’est spectaculaire en effet. Nous vivons des difficultés d’embauche aussi intense, qu’à la veille de la crise de 2008, avec un taux de chômage qui est pourtant près de deux points supérieurs. Pour ceux-là il est clair que c’est symptomatique d’une aggravation du chômage structurel.

 
Mais il faut revenir sur le sens de ces indicateurs. Si embaucher est intrinsèquement compliqué pour une entreprise, alors, le taux des entreprises qui peinent à embaucher augmente avec la proportion d’entreprises qui recrutent. C’est tautologique. Et vu sous cet angle, le rythme d’embauche, et la proportion d’entreprises qui recrutent dans le privé, sont proches des niveaux observés avant la crise de 2008. Pas étonnant donc que l’on observe le même degré de difficulté à embaucher donc. La difficulté à embaucher est juste un indicateur redondant avec la vitalité de l’embauche, et non le signal de l’épuisement du stock de main-d’œuvre disponible.

 
Et puis, il faut mettre en perspective la dégradation si spectaculaire en première analyse de la proportion de postes vacants. En comparaison internationale, la France reste logiquement en bas de l’échelle aussi bien dans l’industrie que dans les services. En ligne avec le niveau élevé de son taux de chômage. Ne nous hâtons pas donc d’en faire le symptôme de nos rigidités et de la piètre performance  de nos services de l’emploi.

 
Bref, c’est vrai. L’accélération brutale des embauches s’accompagne tautologiquement de la proportion d’entreprises exprimant une difficulté à embaucher. Mais n’en tirons pas argument pour étayer l’idée qu’à 9%, la France est déjà au plein emploi et faire porter le chapeau du ralentissement de la reprise et aux disfonctionnements de notre marché du travail.


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