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La poudrière du ras-le-bol fiscal

Publié le mardi 27 novembre 2018 . 4 min. 46

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Que recouvre le ras-le bol fiscal français ? Une baisse du consentement à payer l’impôt bien sûr… qui renvoie nécessairement à l’idée que les français ont le sentiment de ne pas en avoir pour leur argent. La crise de l’impôt serait donc indirectement une crise de l’affectation de l’impôt donc de la dépense.

Disant cela, on dit en fait beaucoup de choses qui englobent pêle-mêle

1/ Le sentiment que l’État n’est pas efficace, que l’on pourrait faire aussi bien avec moins de moyens. 2/ Le sentiment d’une dégradation de la qualité des services publics, concernant notamment les trois fonctions clé de l’État, la sécurité, l’éducation et la santé. 3/ Le sentiment que l’État assure de plus en plus mal sa fonction redistributive, et corrige insuffisamment les inégalités primaires 4/ Le sentiment de rejet grandissant vis-à-vis d’une solidarité envahissante, qui  pourrait reprendre  à son compte le slogan de M. Thatcher : i want my money back. 5/ Le rejet enfin d’une écologie punitive et peu efficace jouant comme goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Chacun de ces éléments peut être étayé. Ils peuvent rallier dans une grande cacophonie idéologique les pro et les anti-état. Mais ils ne disent rien au fond sur la raison pour laquelle ce mouvement éclate aujourd’hui et maintenant. Le fait que l’État français brasse des masses plus importantes que les autres pays pour des résultats a posteriori qui ne le singularisent pas des autres, mais qu’il exempte en même temps les ménages de toute une série de dépenses privées, d’assurance, d’éducation, de santé … n’a rien de nouveau. Et paradoxalement l’expression du rejet de l’impôt prend son essor au moment même où le gouvernement affirme son souhait d’alléger la barque fiscale des ménages et de diminuer la voilure de l’État. Si l’on veut vraiment comprendre ce qui met le feu aux poudres, il faut donc pointer de vrais éléments de rupture.

Le premier et le plus évident, est l’alourdissement incontestable de la barque fiscale des ménages depuis 2011. Il y a eu bascule des entreprises, vers les ménages, et le surplomb persistant, qui pouvait être accepté comme un effort exceptionnel en temps de crise, n’est plus perçu comme tel aujourd’hui.

Le second, c’est le régime de très faible inflation et de très faible progression des salaires, qui confère aux hausses de la fiscalité un impact décisif sur la formation du pouvoir d’achat, d’où une hypersensibilité à de petites variations. Comme le surligne une récente étude de l’OFCE, même si les réformes socialo-fiscales ont d’abord pesé sur les plus riches  sur la période 2008-2016, elle entame le pouvoir d’achat dès le milieu de la distribution… autrement dit la celui de la classe moyenne.

Le troisième élément,  c’est l’arrière-plan  de ras-le-bol global des classes moyennes et de la France périphérique, prise socialement et fiscalement en étau entre les plus pauvres et les plus riches. Or, à travers l’automobile, c’est un poste de consommation symboliquement fort, du point de vue de la mobilité, du point de vue de la différenciation sociale, sur lequel les français sont pris en otage, et alors même que l’automobile est déjà une vache-à-lait fiscale.

Quatrième élément, la fiscalité écologique, on le sait est fondamentalement anti-redistributive. Elle a pour fonction de générer les bons signaux prix, mais ses recettes doivent indemniser les perdants et s’investir dans la transition écologique. Cette évidence a été totalement occultée par le gouvernement.

Cinquième élément, contrairement à ses promesses, le gouvernement récupère d’une main, via un essaimage fiscal, insidieux les cadeaux fiscaux sur lesquels il sur-communique. Rien de tel pour attiser la paranoïa. A l’instar du budget 2019, globalement favorable aux ménages, où les baisses d’impôts directs de 9,4 milliards sont aux deux tiers repris via la hausse de la fiscalité indirecte, notamment écologique et la désindexation des retraites pour 6 milliards environs.

Cela fait beaucoup et témoigne une fois de l’aveuglement des gouvernements européens, pris dans leurs bricolages comptables, face à ce qui ressemble de plus en plus à une poudrière.


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