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Le déclin programmé de la zone euro si rien ne change

Publié le vendredi 24 mai 2019 . 5 min. 13

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La zone euro est un espace qui peut donner le sentiment d’une certaine robustesse sur le plan économique. C’est un socle productif qui a su maintenir ses positions en dépit de l’âpreté de la compétition mondiale. C’est un excédent des échanges courants supérieur à 3% du PIB. Ce sont des fondamentaux financiers relativement solides, lorsque l’on scrute les niveaux ou la dynamique des endettements privés et publics.


Efficacité économique


Les pays européens sont pourtant hantés par le spectre du déclassement inexorable et de l’éclatement. Or, en comparaison des autres pôles développés, la zone euro a tenu le choc. Le cœur de création de valeur exportable (l’industrie + les services aux entreprises + les secteurs de l’information et de la communication) représentaient 36 % du PIB en 2018, comme au Japon, et sensiblement plus qu’aux États-Unis, sans marquer de tendance longue au déclin. Comme toutes les autres régions développées, la part de la zone a régressé dans le commerce mondial de biens et services. Mais plutôt moins qu’ailleurs en proportion. Dans la course à la taille sur les marchés mondiaux, la zone disposait encore en 2018 de 96 groupes dans le classement des 500 premières multinationales en taille de chiffre d’affaires. L’UE faisant jeu égal avec la Chine et les États-Unis. Et les devançant même, lorsque l’on élargit le périmètre à la Suisse et à la Norvège. Et mieux que cela, si l’on regarde les actifs étrangers de la zone euro, ils représentent 27% du stock mondial d’investissement direct, l’UE 35%, contre 25% pour les Etats-Unis, 11% pour la Chine, y compris Hong Kong, 5% pour le Japon. Et au final, la zone euro place 36 groupes dans le top 100 des multinationales du point de vue de la taille des leurs actifs détenus à l’étranger, un niveau très largement au-dessus des autres régions du monde dont les géants se déploient davantage sur le marché national.


Doctrine non interventionniste


Il faut avoir cela en tête lorsque l’on veut projeter la zone euro dans 10 ans. Son logiciel économique, si décrié, si incomplet a participé à son efficacité économique. Au cœur de ce logiciel, il y a un cadre financier régenté, qui discipline les politiques budgétaires et corsette l’interventionnisme des États. Et surtout le dogme de la concurrence non faussée, qui restreint les  positions dominantes, les aides d’Etat, et encourage les politiques d’offre transversale : modération salariale, fiscale, flexibilisation etc. Le grand marché est devenu de la sorte un terrain d’affrontement, le terrain de sélection et d’agglomération des meilleures entreprises, dont les pays gagnants de la zone tirent aujourd’hui les dividendes.


Mais cette doctrine non interventionniste, non protectrice a permis surtout 1/ aux entreprises déjà en établies d’affuter leur efficience de façon incrémentale pour jouer gagnant à l’international. Au détriment des nouveaux entrants du numérique ou de la transition énergétique notamment. 2/ Elle a pour prix des disparités spatiales et sociales de plus en plus criantes qui affaiblissent la cohésion de l’édifice européen et dont elle paie aujourd’hui le prix politique. 3/ Et dans un contexte de déclin de la population en âge de travailler, l’agglomération productive ouvre maintenant un nouveau terrain de lutte : celui de la captation des compétences, au détriment encore une fois de la périphérie.


Une mue indispensable


C’est le revers de la médaille du manque d’interventionnisme européen. Chacun presse que le capitalisme mondial a franchi un nouveau seuil d’âpreté dans la lutte. Les Etats américains et chinois ou même japonais ont changé de braquet. Ils sont à la manœuvre pour se doter des actifs stratégiques clés de la croissance future. Ils sont en première ligne pour éviter que le grand mercato des fusacq ou des joint-ventures ne les dépouille des actifs stratégiques. Ils sont prêts à fausser le jeu par la commande publique, par la concentration du capital, par des barrières commerciales.


L’Europe, elle, aborde la bataille qui vient avec les Etats paradoxalement les plus coûteux et les moins interventionnistes de la planète, et sans moyen au plan fédéral. Comme un champion à l’ancienne qui entrerait sur le stade pour se frotter à des compétiteurs chargés d’amphétamine. Cette mue interventionniste et protectrice du logiciel européen est pourtant indispensable si l’espace ne veut pas devenir demain la proie économique des régions en quête de leadership et politique des partis populistes qui font leur beurre sur la thématique de l’État fort.


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