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17/07/201404:11

Xerfi Canal présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi

 

En s’attaquant aux rentes de certaines professions règlementées, le gouvernement semble à première vue s’engager sur une piste de réforme à multiple dividendes :

 

1/ Elle ouvre des perspectives de création d’emploi sur des métiers contingentés ;

 

2/ Via la concurrence, elle peut induire une baisse des prix des services, favorable à la fois à la compétitivité des entreprises et au pouvoir d’achat des ménages ;

 

3/ Elle donne quitus à la commission européenne, sur la volonté gouvernementale d’engager des réformes structurelles de libéralisation.

 

4/ Elle flatte inconscient collectif plutôt acrimonieux à l’égard de professions que l’on associe rarement à des expériences heureuses et choisie : notaires, huissiers, dentistes etc.

 

L’unanimisme des experts, des institutions internationales, de la presse, et la cascade des chiffres qui étayent l’idée d’un  hold-up organisé ont de quoi emporter l’adhésion. Mais je sais aussi qu’en économie, l’unanimisme n’est jamais très loin de l’idiotie collective. Méfiance donc :
Méfiance d’abord à l’égard de chiffres qui déferlent en cascade sans la moindre vérification. Les professions règlementées ce serait 235 milliards de chiffre d’affaire, 41 milliards de bénéfices, 1 millions de salariés et 6,4% du PIB… et une profitabilité record. Selon le rapport non publié de l’IGF. Peut-être. Mais en vérité le périmètre est très flou. L’INSEE pour sa part dénombre 357000 personnes occupées dans ces professions en dehors de la santé pour un chiffre d’affaire de 43 milliards d’euros. Un autre rapport plus ancien des mines estimaient leur poids à 3 millions de personnes. Quant au fait de comparer la profitabilité de ces activités libérales à celle de la moyenne de l’économie, il faut aussi faire preuve de prudence. Le profit des activités libérales contient aussi une composante de rémunération qui peut fausser la comparaison avec  les secteurs à dominante salarié. Parler de profitabilité sans référence aux immobilisations peut aussi être trompeur.

 

Méfiance aussi à l’égard du projet productif que sous-tend cette idée. Je sais bien qu’il existe de réels gisements d’emploi dans le fait d’exploiter l’entropie de nos économies complexes. Libéraliser les professions juridiques, renforcer simultanément l’insécurité juridique et la contestabilité des contrats, produira indéniablement des emplois. Ouvrir les professions médicales, greffer de la pub sur ces métiers, introduire une insécurité sur la qualité produira là encore du chiffre d’affaire et des emplois en grand nombre. Je pourrais multiplier le nombre d’exemples de ces dynamiques qui sont tout autant vertueuses que vicieuses. Où le prix unitaire des actes diminuera éventuellement, mais où leur nombre explosera et où le signalement par un prix élevé deviendra gage de qualité. Je ne nie pas bien entendu que l’on puisse limiter certains abus et ajuster certains modes de tarification de ces professions, mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue qu’un projet productif porteur ne peut se bâtir seulement sur l’exploitation opportuniste de l’insécurité et  du besoin de réparation qu’occasionne une activité économique non normée.

 

Enfin et surtout, méfions-nous de l’idée, qu’à coût budgétaire nul, le gouvernement libèrerait une manne de pouvoir d’achat. Car au fond, casser le monopole de certaines professions, c’est éventuellement diminuer le revenu de professions libérales au revenu moyen ou supérieur pour le redistribuer à ceux qui consomment ces services en nombre. Et que je sache, les revenus modestes ne seront pas les premiers bénéficiaires d’une baisse de tarif des architectes, des notaires, des huissiers, des commissaires-priseurs ou même des taxis. Les 6 milliards annoncés passeront d’une poche à l’autre et pendant ce temps, les vraies rentes problématiques, celles des stars de la finance et de la technologie, celle des grandes plateformes du net continueront à siphonner notre consommation.

 

Au final, on peut se demander si le gouvernement ne se trompe pas de combat en s’attaquant à de petites rentes, qui ne sont peut-être pas souhaitables mais qui ont eu au moins pour vertu durant la crise de nous protéger contre une déflation généralisée des salaires.

 

Olivier Passet, Le gouvernement ouvre la chasse aux rentes, une vidéo Xerfi Canal



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Mots clés : Politique économiqueEmploi, salaires, travail

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