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Le suicide de la déflation consentie

Publié le lundi 20 octobre 2014 . 3 min. 25

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Xerfi Canal présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi

 

Le spectacle des gouvernements européens est juste désolant. Ils tergiversent encore sur la parade à organiser pour consolider la reprise européenne, alors que la reprise n’est déjà plus là et que nous glissons vers le pire des scénarii qui soit, celui de la déflation. Ils pinaillent sur l’application de règles inadaptées quand l’ensemble des Etat-membres aurait dû depuis longtemps se mettre en ordre de marche pour éradiquer le poison qui les mine et dont les dégâts se font sentir bien au-delà des frontières de l’Europe.

 

L’histoire risque de juger sévèrement cette période où toute l’énergie de nos gouvernants se consume dans la négociation de petits trocs dérisoires. Le confort de quelques professions réglementées, contre la clémence allemande sur le budget français.
En parallèle, le pompeux « new deal » européen et les centaines de milliards affichés pour montrer que l’on agit avec vigueur, ne doivent pas faire illusion : 100 milliards par an sur 3 ans, soit 0,8 % du PIB européen, l’impulsion paraît significative. Mais lorsqu’on ajoute que le plan se fera sans dettes nouvelles, et uniquement par une meilleure utilisation des fonds de l'Union et de la Banque européenne d'Investissement, on comprend alors que nos gouvernants travaillent à faire semblant de relancer la machine sur la base d’engagements déjà existant. Et même si la BEI devait lever des fonds supplémentaires, on ne voit pas comment elle pourrait faire bondir ses prêts, aujourd’hui  de 75 mds d’euros, de plus de 15 ou 20 milliards supplémentaires.  Ajoutons à cela les délais de mise en œuvre, et le paquebot européen n’est pas prêt d’être dérouter de la déflation.
Nos gouvernants ont-ils bien pris toute la mesure du risque, si le syndrome japonais s’étendait à l’Europe. Comme je l’ai indiqué récemment, après 5 ans de croissance nominale zéro, notre déficit dépasserait 10% du PIB ; notre dette 135 %. Même le déficit allemand replongerait à - 7 %. Autrement dit, 5 ans de purge s’envoleraient en fumée, nous conduisant à une situation pire que celle que nous voulions combattre. Du chômage massif, du sous-investissement chronique, des faillites en masse. Et seule consolation, dans ce scénario noir, une épargne surabondante au rendement positif pour mettre à l’abri les vieux rentiers européens.

 

Nos gouvernants tirent aujourd’hui orgueil d’avoir été prompt à endiguer la crise financière à rechute de 2008. Une réécriture bien contestable de l’histoire lorsque qu’on la met en regard de ce qui s’est passé dans les pays anglo-saxons. Il  y aurait surtout beaucoup à redire sur l’ardeur des pays à refuser une annulation partielle des dettes pour sauvegarder les banques, limiter leur besoin de recapitalisation et protéger ainsi l’intérêt des retraités allemands. Nous payons aujourd’hui le prix de cette abdication face au refus du premier créancier européen  à assumer les conséquences de ses mauvais choix de placement. Nous avons mis au final  beaucoup d’ardeur à éviter un choc budgétaire à l’Allemagne.
En bons godillots, ces mêmes gouvernements usent aujourd’hui leur énergie faire de la réformette. Et pendant ce temps, le Titanic européen vogue à sa perte. Et s’il y a suicide, comme le prétend un célèbre essayiste, c’est bien celui de la déflation consentie. Le même  que celui qui avait fait le lit du fascisme et du nazisme en Europe dans l’entre-deux-guerres.

 

Olivier Passet, Le suicide de la déflation consentie, une vidéo Xerfi Canal



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