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Les "riches" vont-ils devoir payer la facture de la crise ?

Publié le lundi 28 juin 2021 . 6 min. 15

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Une fois n’est pas coutume, intéressons-nous au sort des super et hyper riches, soit des 1 et 0,1% de la population en haut de la distribution des revenus et des patrimoines. Les années récentes, depuis le tournant de l’offre de François Hollande et encore plus avec l’élection d’Emmanuel Macron, leur ont été favorables. Avec notamment, dans son aspect paroxystique, l’incroyable enrichissement des milliardaires hexagonaux depuis 2017. Les plus riches doivent-ils alors craindre un retour de bâton punitif dans les cinq années qui viennent ? La question du remboursement de la dette et du creusement des inégalités va envahir le débat. Inévitablement, la tentation politique de présenter la facture à ceux qui ont la plus forte capacité contributive ressurgira.


Retour sur 7 ans d’enrichissement


Revenons d’abord sur ces 7 années d’enrichissement des plus riches. Derrière cela, il y a d’abord en amont un tournant fiscal favorable aux entreprises et à leurs détenteurs :


• le CICE, entré en vigueur en 2013, puis pérennisé en baisses de charges en 2019 ;
• l’extension des baisses de charges patronales à 3,5 SMIC en 2016 ;
• le basculement en 2018 d’une partie des cotisations salariées sur la CSG, qui allège indirectement la pression sur le coût du travail pour les entreprises ;
• la baisse programmée de l’IS, de 33,3% à 25% à horizon 2022 ;
• depuis 2021, la forte baisse des impôts sur la production, pour 10 milliards.


Avec pour effet tangible, une nette baisse de la pression fiscale, que l’on perçoit bien lorsque l’on rapporte l’ensemble des prélèvements obligatoires diminués des subventions, au résultat d’exploitation avant impôts des entreprises. Avec un premier palier de baisse sous Hollande, puis un second sous Macron, que la fiscalité écologique n’a pas annulé. Même si la série est secouée par la crise covid, elle confirme un étiage historiquement faible en fin de mandat. Avec pour résultat :


1. Une profitabilité, mesurée par le ratio autofinancement (avant distribution) sur la valeur ajoutée, qui n’a cessé de progresser depuis le tournant de 2013. Pour atteindre aussi un niveau historiquement élevé en fin de mandat.
2. Une montée en puissance des dividendes dans le revenu des ménages, une part qui a retrouvé fin 2019, ses niveaux de 2012, avant le coup de frein induit par le changement de régime d’imposition de 2013 à 2018 qui les avaient soumis au barème de l’impôt sur le revenu. Sachant que 97% des dividendes ont été perçus par 1,7% des foyers fiscaux, deux tiers par 0,1% et un tiers par 0,01% d’entre eux, les effets de cette hausse se sont concentrés sur les super-riches.


ISF et PFU, deux réformes qui ont favorisé les plus riches


Partant de cette base de profitabilité renforcée, s’ajoute l’ascenseur de la valeur. Près de la moitié des actions sont détenues par 1 % des ménages les plus riches. 42% de l’immobilier est détenu par les 10% les mieux dotés et 10% par les 1%… Il y a moins de concentration sur la composante immobilière que financière, mais elle est bien réelle. Et sur fond de décrue des taux d’intérêt, la période a été particulièrement faste en termes d’effets de richesse, mobilière et immobilière, notamment pour les plus riches, qui internationalisent leur détention action et concentrent leur immobilier sur les centres urbains ou touristiques les plus inflationnistes. Sans parler du marché de l’art, des métaux précieux, etc. À quoi on peut ajouter la hausse des multiples de valorisation des entreprises, facteur d’enrichissement en phase de transmission.


Partant de là, s’ajoutent les deux réformes phares d’Emmanuel Macron, la transformation de l’ISF en IFI — qui a considérablement réduit l’impôt sur la fortune — et la réforme du prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur les revenus de l’épargne, dont un récent rapport d’évaluation de France Stratégie a montré sans surprise les effets très concentrés sur les plus riches, via le canal des dividendes et des plus-values que j’ai évoqué plus haut.


Le risque d’un retour de bâton fiscal est faible (pour le moment)


Partant de là que peut-il se passer ? À ce stade, disons-le, la présidentielle n’est pas à haut risque. Satu quo fiscal revendiqué chez Macron, refus d’un rétablissement de l’ISF chez Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse, ajouté à la volonté d’approfondir la baisse des impôts sur la production, ou encore tournant probusiness pour le RN, Marine Le Pen, encore silencieuse sur ce point, ne place plus le rétablissement de l’ISF en étendard de son programme. Et elle accumule les annonces de défiscalisation pour les entrepreneurs. La dette sera remboursée par la vigueur entrepreneuriale. Le risque d’un retour de bâton fiscal ne vient que de la gauche… et il est faible, on le sait à ce stade.


Le vrai risque in fine ne viendra pas de la fiscalité, mais de l’inflation, de la correction induite des marchés d’actifs et de la grande tentation de rembourser la dette par spoliation des épargnants. Ce risque est bien plus sérieux, notamment depuis la bifurcation redistributive et expansionniste américaine qui met l’offre en tension. Mais il ne faut pas confondre inflation et hausse des prix transitoire :


1. une tendance déflationniste de 20 ans ne s’inversera pas en un jour. Les forces déflationnistes de la technologie, de la démographie, du surendettement demeurent puissantes ;
2. les banques centrales ne brusqueront pas les marchés et n’opèreront pas un arrêt brutal du Quantitative easing ;
3. le cocktail « plus d’inflation, plus de croissance » rendra les marchés nerveux, mais sans nécessairement induire un grand krach fatal.


Et in fine, sauf changement brutal et improbable de doctrine des banques centrales, on ne voit pas bien ce qui pourrait faire vaciller l’hyper-richesse dans les années à venir.


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