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A l’Assemblée nationale, les députés s’écharpent sur la réalité du déficit public, à la virgule près : 5,6%, 6,2% ou finalement 5,4% ? Mais se focaliser sur une seule année suffit-il pour juger la gestion budgétaire de la France ?

C’est le sujet de mon billet libéral.

Et pour répondre à cette question, il faut prendre du recul. Etudier les cinquante dernières années. Et voilà qu’il apparaît que la France cache en fait l’essentiel : son statut de pays le plus mal géré d’Europe.

Premier constat : la dette n’a cessé de croître depuis 1980. A l’époque, elle s’élevait à 21% du PIB. C’est aujourd’hui plus de 112%.

Pour être juste, la dette a cessé d’augmenter à la fin des deux mandats de Jacques Chirac et au début du premier mandat d’Emmanuel Macron. Mais de manière marginale. Très marginale.

Car fait unique en Europe, la France affiche un déficit de l’Etat, de la Sécu et de l’administration publique continues depuis 1980. Un demi-siècle de dérive.

Une autre manière de le dire : sur les 50 dernières années, les déficits publics cumulés se sont chiffrés au total à 2925 milliards d’euros.

Alors qu’en 1974, nos administrations étaient excédentaires de 200 millions d’euros, le déficit approche aujourd’hui les 150 milliards.

Un cas unique. Qu’on en juge. Après la crise de 2008, dite des subprimes, la dette française a gagné presque 10 points en sept ans quand la dette allemande diminuait de 22 points. Elle pèse aujourd’hui 66% du PIB outre-Rhin. Presque deux fois moins que chez nous !

Deuxième constat: au cours du quart de siècle d’existence de l’euro, note une étude d’Oddo-BHF, «le déficit public français a été excessif, c’est-à-dire supérieur à 3%, pendant vingt ans.»

Vingt ans sur vingt-cinq ! Aucun autre pays de la zone euro n’affiche un si mauvais score. Pas même la Grèce, hier en faillite.
La France se moque de la discipline budgétaire européenne.

Troisième constat: Notre pays est le seul parmi les pays surendettés de la zone euro comme l’Italie, la Grèce, l’Espagne ou le Portugal à ne pas présenter un solde primaire à l’équilibre ou excédentaire.

Solde primaire, c’est-à-dire hors paiement des intérêts.

Cette position rend la dette vulnérable à l’évolution de l’écart entre taux de croissance et taux de refinancement de la dette. Elle n’est pas soutenable.

Comme l’explique tous les manuels économiques : indicateur clé de la situation budgétaire d'un pays, le solde primaire montre la capacité du gouvernement à gérer ses finances sans dépendre excessivement de l'emprunt.

Quatrième constat: la charge de la dette.

La dette ne se rembourse peut-être pas (« elle roule »), mais elle se paie. Les taux nuls ont joué comme un anesthésiant ; leur remontée, brutale mais par chance en voie de correction, va suffire à rendre le coût de nos inconséquences insoutenable.

A 55 milliards d’euros, la charge de la dette dépassera en 2025 le budget de la Défense, puis dès 2027 celui de l’Education nationale. Elle culminerait à 125 milliards en 2031 avant de commencer à refluer !

Comprenez : chaque année, le ministre du Budget va devoir trouver a minima 10 milliards d’euros supplémentaires pour régler la facture de nos errements passés.

Le scandale ? Cette ardoise sert davantage à payer nos fins de mois qu'à « préparer l’avenir » comme le serinent nos ministres du Budget successifs, toute honte bue.

Au vue de ces années d’indiscipline, de ces décennies de promesses non tenues, le plus étrange, c’est au fond la mansuétude des marchés financiers. Mais jusqu’à quand?


Publié le lundi 27 janvier 2025 . 4 min. 29

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