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Le capitalisme, c'est la double peine : dette et culpabilité

Publié le jeudi 24 juin 2021 . 4 min. 29

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Le capitalisme nous incite-t-il à épargner ou bien au contraire à dépenser ? Comme l’a montré il y a plus de 100 ans le sociologue Max Weber, l’éthos capitaliste est lié à l’avènement du protestantisme et de la culture bourgeoise. Il implique une éthique de la conscience professionnelle et une valorisation du travail qui est conçu comme une activité donnant sens à la vie.

L’idée principale est d’utiliser les autres hommes pour faire de l’argent, tout en y trouvant une vertu. En ce sens, les entrepreneurs représentent une nouvelle forme de comportement social et économique : en refusant la jouissance stérile et en prônant l’abstinence et l’effort, aussi bien dans la vie quotidienne que dans les comportements économiques. Ils transposent ainsi l’ascétisme religieux dans la vie quotidienne. Cet ethos protestant pourrait paraître contradictoire, car d’une part il est animé par le désir d’accumuler des richesses, et d’autre part par celui, inverse, de respecter l’interdiction morale d’en jouir. A partir du moment où sa fonction principale est la fructification du capital, le capitalisme ne peut se comprendre sans l’espoir d’un gain futur. L’idée principale est que le renoncement à la consommation immédiate permet de consommer plus dans le futur. C’est d’ailleurs sur cette promesse que se fondent les religions, à savoir que le renoncement à la consommation est liée à la promesse d’un bonheur éternel.

Or c’est la notion d’investissement qui consiste à renoncer à une destruction immédiate pour la différer. On substitue une destruction présente au bénéfice d’une destruction future qui sera plus importante. C’est pourquoi le capitalisme induit un rapport fondé sur la confiance et sur la promesse : le débiteur s’engage à rembourser le crédit et se porte garant. Cette promesse qui engage l’avenir est au cœur de la relation de crédit : le rapport social fondamental est le rapport débiteur/créditeur. C’est d’ailleurs pourquoi, certains textes du Moyen Âge expliquent que le crédit est un rapt du temps. On considérait alors que le temps appartenait à Dieu et que les créditeurs n’étaient que des voleurs du temps de Dieu, comme l’a très bien montré Nathalie Sarthou dans ses travaux. Le temps appartient au capital, puisqu’avec le crédit, on fait une préemption sur l’avenir. La question est donc de savoir si cette anticipation est positive ; ou bien si elle oblitère l’avenir en nous astreignant à rembourser la dette. Car il faut garder à l’esprit l’idée que le remboursement de la dette est une appropriation du temps, et que le temps c’est la vie. C’est ici qu’intervient l’argent qui n’est pas qu’un simple stock de matériaux précieux. Il permet d’introduire l’idée de temps dans la vie des hommes, car il brise la simultanéité de l’échange et du troc.

Or, l’amour inconditionnel de l’argent, qui gît au cœur du capitalisme, est un désir morbide. L’accumulation irrationnelle de l’argent est le propre des êtres humains qui n’ont pas la capacité de sublimer leurs pulsions dans le travail ou bien dans certains œuvres de création. Or comme le rappelle Nietzsche « l’humanité a (…) reçu en partage (…) l’héritage de la pression des dettes encore impayées et du désir de les liquider. » En laïcisant l’argent, l’humanité a récupéré le temps qui n’appartient qu’à Dieu, et ce qui est imprescriptible, à savoir la dette de la vie. Ainsi, nous sommes redevables d’une dette et devons être préparés à payer cette dette. C’est ce que nous remboursons avec notre travail. Et là où intervient une perversion, c’est lorsque la dette devient illimitée, et se transforme par un processus d’intériorisation en sentiment infini de culpabilité.

Cette dette impayable parce qu’illimitée entraîne une perte de liberté. En visant à créer une dette à l’infini, le capitalisme nous inflige finalement une double peine qui est celle de la dette couplée à celle de la culpabilité.


Référence :
Friedrich Nietzsche, Généalogie de la morale (1887), Flammarion, 2002,


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