La Suisse est le premier pays d’Europe à s’être doté d’un cloud souverain étatique. Ailleurs, les données de santé des citoyens ou les data si sensibles des multinationales sont conservées, pour l’essentiel, par l’un des trois opérateurs américains – Amazon, qui a inventé le cloud avec AWS, Microsoft Azure, ou Google Cloud. Cela fait déjà presque vingt ans que les administrations ou les entreprises du Cac40 se disent troublées d’être obligées de faire appel aux gafam. Le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a d’ailleurs avoué encore récemment ne pas être « pas très à l'aise » avec cette dépendance pour stocker ses données sismiques et géophysiques. On le comprend : en vertu du Cloud Act, la NSA ou le FBI peuvent accéder aux informations stockées dans n’importe quel centre de données dès lors que qu’il est la propriété d'un fournisseur américain, même s’il est localisé à l'étranger.
Grâce au Swiss Government Cloud cloud, les données numériques suisses seront donc, elles, «immunisées » dès 2026 des règles extraterritoriales qu’imposent les Américains. Il est vrai que ce qui est désagréable aux Français est insupportable pour des Suisses, chez qui le secret bancaire et le chiffrement des informations sont sacrés. Les clouds en Suisse sont un peu les nouveaux comptes en Suisse ! Mais c’est aussi pour eux une manière de s'affranchir de la dépendance technologique américaine au sens large puisque l'Etat suisse se passera aussi de Microsoft 365 ou d'Outlook pour ses mails.
Nous avons critiqué les Allemands devenus dépendants du gaz russe, mais nous sommes tous des colonisés numériques. 80 % des données générées par les internautes français sont hébergées aux Etats-Unis, selon un rapport du Sénat. Contrôler les ressources numériques d'Etats partenaires mais concurrents donne aux Etats-Unis un énorme pouvoir économique et géopolitique, alors qu’on ne sait plus vraiment s’ils sont encore nos alliés. Le délégué général du Cigref, Henri d'Agrain, a publié sur son compte LinkedIn une dystopie imaginant comment Trump allait forcer Copenhague à lui donner le Groenland : en signant un Executive Order obligeant les Gafam américaines à couper, sinon, le robinet numérique au Danemark. Tout simplement.
A défaut de cloud souverain, nous mettons en place des clouds dits de confiance. C’est-à-dire reposant sur des entrepôts de données situés en Europe, et n'appartenant pas, pour tout ou partie, à des sociétés américaines. En France, l'Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) délivre des certifications. Mais même ces centres utilisent des serveurs conçus aux Etats-Unis et fabriqués en Chine, et si les données qu'ils hébergent échappent théoriquement à l'extraterritorialité, l'existence d'une « backdoor » permettant aux services de renseignements américains de se connecter directement sur les machines ne peut jamais être exclue.
Bruxelles, qui a mis sur la table des milliards d’euros pour les batteries ou les semi-conducteurs, a abandonné les projets de cloud 100% souverain. Car comme le reconnaît Mario Draghi dans son rapport sur la compétitivité européenne, il est trop tard pour rattraper les hyperscalers américains, dont la domination va continuer de s’accentuer. L’UE peut juste maintenir un socle de compétences pour disposer de solutions le plus sécurisées possible.
Publié le vendredi 11 juillet 2025 .
3 min. 39
Les dernières vidéos
Europe, zone euro
Les dernières vidéos
de Christine Kerdellant
LES + RÉCENTES
LES INCONTOURNABLES
