Depuis l’Antiquité, la curiosité est reconnue comme une force motrice de la connaissance. Aristote l’affirmait déjà : « Tous les hommes désirent naturellement savoir. » Mais ce désir prend des formes variées. Il y a la curiosité qui cherche à comprendre et devient vertueuse. Mais il y a aussi celle qui musarde, se disperse, et finit par être superficielle. Et puis il y a l’indiscrète, celle qui fouille, qui cherche à nuire et que l’on qualifiera volontiers de malsaine.
Pour un professionnel, la vraie question n’est donc pas de savoir s’il faut être curieux, mais d’identifier le type de curiosité qu’il convient de cultiver. Certainement pas celle qui surgit au hasard de ses humeurs, ni celle qui veut tout savoir et tout contrôler. Mais plutôt une curiosité tournée vers l’exploration.
Car l’exploration vaut autant que l’exploitation. Exploiter, c’est tirer parti de ce qu’on a déjà en optimisant les acquis et en faisant fructifier l’expérience. Explorer, c’est autre chose. Ça demande de l’audace et de la détermination pour défricher, sonder et expérimenter en dehors des sentiers battus. Quand l’exploitation sécurise, l’exploration ouvre des possibles et ensemble elles se complètent.
Cette curiosité vertueuse est donc avant tout un état d’esprit, celui de l’explorateur qui s’aventure au-delà des routines. Qui ose questionner les évidences et qui interroge sa propre façon de penser. En un mot, c’est une curiosité qui accepte de prendre des risques. Et c’est ce qui en fait la clé du progrès. D’ailleurs, Francis Bacon le disait déjà : la curiosité scientifique libère l’humanité de l’ignorance et ouvre la voie à des savoirs inédits.
Mais cette curiosité vertueuse n’agit pas seulement sur le monde extérieur. Elle transforme aussi celui qui la pratique. Michel Foucault parlait de la curiosité comme d’une attitude éthique : être disponible à l’altérité, se laisser déplacer par ce qui résiste ou surprend. Voilà pourquoi, le professionnel éthiquement curieux ne cherche pas seulement de nouvelles voies. Il accepte aussi de remettre en question ses propres certitudes.
En matière de leadership, la curiosité n’est pas un outil que l’on sort quand un problème surgit. C’est un tempérament à cultiver. Une vigilance de l’esprit, attentive aux signaux faibles, ouverte aux perspectives nouvelles. Sans elle, on raisonne toujours de la même façon, avec les mêmes ingrédients. C’est comme jouer aux Lego avec un nombre limité de pièces : on peut les recombiner à l’infini, mais l’univers des possibles reste figé.
Voilà pourquoi, lorsqu’elle est vertueuse, la curiosité agit efficacement contre la myopie stratégique et la sclérose organisationnelle. Elle devient source de créativité et d’innovation. Elle est même devenue un impératif vital. Tout responsable au sein d’une entreprise qui cesse d’être curieux se résigne à faire ce qu’il sait faire au lieu de s’investir dans ce qu’il serait possible de faire.
Publié le mardi 18 novembre 2025 .
3 min. 28
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