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Ne jamais confondre création et partage du profit

Enregistré le vendredi 19 juillet 2019 . 3 min. 39

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Faites le test : si vous affirmez publiquement que le rôle fondamental d’une entreprise est de faire des profits, vous serez soupçonné d’être un dangereux extrémiste ultralibéral. On vous rappellera qu’une entreprise ne peut pas se réduire à la volonté de dégager des bénéfices, mais qu’elle sert plutôt de nobles causes : créer des emplois, payer des impôts, proposer des offres capables de répondre aux besoins de ses clients, innover ou encore permettre à ses membres de réaliser leurs aspirations. En France, la volonté de faire des profits est généralement présentée comme une préoccupation étriquée, malsaine, voire répréhensible.

Organisation à but lucratif


Or, dire qu’une entreprise sert à faire des profits n’est en aucun cas une affirmation connotée politiquement, idéologiquement ou philosophiquement : c’est une affirmation purement technique. Dans le vaste ensemble des organisations, on compte notamment les entreprises, mais aussi les services publics, les associations, les armées, les églises, les syndicats ou encore les partis politiques. La seule différence entre l’entreprise et toutes les autres formes d’organisations, c’est qu’elle a un but lucratif. C’est d’ailleurs la définition même d’une entreprise : c’est une organisation conçue pour l’efficience, c’est-à-dire pour la rentabilité. Vous pouvez l’affirmer sans crainte : une entreprise sert à faire du profit.

Pour autant – et c’est le point le plus important – rien ne dit de quelle manière ce profit va être partagé. Vous avez parfaitement le droit de considérer que le profit doit être utilisé pour créer des emplois, qu’il doit être prélevé par l’Etat afin de financer les services publics et la couverture sociale, ou encore qu’il doit être investi pour proposer des offres nouvelles susceptible d’améliorer le bien-être des populations. Cependant, dans tous les cas, pour que ce partage soit possible, une condition préalable doit être remplie : il faut que le profit existe.

Le profit, une garantie de prospérité collective


En fait, la France souffre d’une terrible confusion entre la création de profit et son partage, ce qui est pour le moins paradoxal dans un des pays les plus riches du monde. Il faut rappeler que la remarquable générosité de notre système social repose avant tout sur la rentabilité de nos entreprises. C’est grâce à leur efficience que, selon les chiffres de la Banque Mondiale, 62 % des Français font partie des 10 % des êtres humains les plus riches, et même que les 1 % des Français les plus pauvres – bien que leurs difficultés soient incontestables – ont un pouvoir d’achat supérieur à celui de 50 % de l’humanité.

Comme l’a souligné Carlos Tavares, le président du directoire de PSA, « La meilleure protection de l’emploi, c’est la performance économique. » On pourrait ajouter que c’est aussi la meilleure garantie de services publics de qualité, d’innovations prometteuses et globalement de prospérité collective. Sans entrepreneurs capables de convaincre leurs clients de payer plus cher que les coûts, comment financerions-nous l’Education nationale, la sécurité sociale ou les retraites ? D’où viendrait la fameuse valeur ajoutée, dont la taxation est la première source de financement du budget de l’Etat au travers de la TVA ?

La puissance de ce système repose cependant sur un paradoxe, déjà souligné au dix-huitième siècle par Adam Smith : stimuler le formidable moteur de l’intérêt individuel pour financer l’intérêt collectif, encourager l’individualisme pour mieux garantir l’équité, c’est supposer qu’un taureau de combat fera une excellente vache à lait. Or, comme toujours en stratégie, à trop traire la vache, on risque de la tarir.


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