Connexion
Accédez à votre espace personnel
Recevez nos dernières vidéos et actualités quotidiennementInscrivez-vous à notre newsletter
ÉCONOMIE
Décryptages éco Intelligence économique Intelligence sectorielle Libre-propos Parole d'auteur Graphiques Notes de lecture
STRATÉGIE & MANAGEMENT
Comprendre Stratégies & Management A propos du management Parole d'auteur
IQSOG
RUBRIQUES
Économie généraleFranceEurope, zone euroÉconomie mondiale Politique économique Emplois, travail, salairesConsommation, ménagesMatières premières Finance Géostratégie, géopolitique ComprendreManagement et RHStratégieMutation digitaleMarketingEntreprisesFinanceJuridiqueRecherche en gestionEnseignement, formation
NEWSLETTERS
QUI SOMMES-NOUS ?

Voir plus tard
Partager
Imprimer

« Ce qui différencie le cinéma et la télévision » raconte Jean-Luc Godard, « c’est que pour l’un il faut lever les yeux et pour l’autre les baisser. » A l’heure des plateformes et de la Covid-19, on peut se demander si la tendance ne s’est pas en quelque sorte inversée : on lève les yeux pour regarder Netflix tous les jours chez soi et on les baisse, hélas, en passant devant les salles de cinéma interdites au public. Rouvriront-elles un jour, et si oui, nos habitudes et notre curiosité à l’égard du parfum de la salle en noir auront-elles été modifiées à jamais ?


C’est là l’une des questions qui parcourent le petit livre de Philippe Chantepie et de Thomas Paris consacré à l’économie du cinéma publié aux Editions La Découverte. Mais ce n’est pas la seule, tant l’activité cinématographique, depuis qu’elle a été portée sur les fonts baptismaux il y a 125 ans, a connu de hauts et de bas, de mutations continuelles liés à la couleur, à la parole jusqu’aux effets spéciaux, de périodes glorieuses et d’autres plus incertaines. On le redécouvre dans ce petit livre bâtit sur le mode scénaristique, avec la présentation des personnages pour commencer, puis de leur histoire et enfin de ce qui leur arrive dans le contexte de la mondialisation et de la numérisation.


D’ailleurs le mot incertain n’est pas le moins utile pour caractériser le propre de cette industrie culturelle. « Un film » indique les deux auteurs est « ‘un bien d’expérience’, autrement dit, le consommateur n’en connaît la valeur qu’après l’avoir consommé, de même que le producteur n’en connaît la valeur qu’après l’avoir mis sur le marché » (p. 10). Dans cette « économie de casino » en effet, il faut pouvoir produire une dizaine de films pour avoir une chance d’en faire un qui trouvera son public et atteindra le succès qui permettra en retour de financer tous les autres. A ce sujet on pourrait dire que si les acteurs paraissent trop chers, notamment ceux qui figurent dans la « A list », constituées de talents qualifiés de « non substitutables », prenons Joaquin Phoenix et Meryl Streep par exemple, eh bien c’est précisément par aversion pour le risque induit par l’activité elle-même. Un film au casting « bankable », coûteux par définition, diminue en effet le danger non pas vraiment de faire un navet, mais le risque financier tout court. Maîtrise de l’art dramatique mise à part, le salaire des acteurs est somme toute une sorte de police d’assurance tout risque pour les producteurs de films.


Mais le livre ne se contente pas de décrire cette activité économique, comme semble indiquer le titre, mais s’intéresse aussi à son volet politique, et particulièrement aux aides publiques, souvent controversées, dont bénéficie la filière. Or il faut comprendre que les films de cinéma, notamment indépendants, sont des biens tutélaires selon la qualification de Richard Musgrave, c’est-à-dire des biens à enjeux pour la société tout entière. Une part de notre patrimoine culturel et de notre imaginaire collectif est bel et bien contenue dans les œuvres cinématographiques, qui sont influentes en termes de cohésion sociale, de diversité culturelle, de solidarité intergénérationnelle, d’attrait de nos territoires, de notre langue et de nos modes de vie.


Ces externalités positives, nuls autres que les Américains, dès les années 20, en ont pris utilement conscience afin d’assoir leur domination culturelle et, donc, économique. Les Américains qui avec leurs modèles audiovisuels uniquement accessibles par Internet, sans intermédiaire, « over the top » pour utiliser le terme usuel, sont moins exposés à la débâcle que les acteurs européens qui eux font face pour l’heure à l’annulation des festivals et au goulot d’étranglement constitué des films qui devaient être distribués en salle l’an passé, et qui ne le seront peut-être jamais.


Notons toutefois avec les auteurs que la fin de ce « film » n’est pas connue à l’avance, même si l'on voit bien à quel point les acteurs historiques européens sont sous pression pour repenser toute la chaîne de valeur, la fameuse chronologie des médias, qui octroie un monopole provisoire à la salle pour tenter de la préserver face à la VOD et la SVOD. Ces acteurs qui furent un temps ceux qui donnèrent le La des genres artistiques du 7ème art, le néo-réalisme italien, l’expressionnisme allemand, la nouvelle vague en France ou le film social britannique, mais qui ressemblent de plus en plus, face à la puissance des plateformes californiennes, selon l’expression du philosophe allemand Peter Sloterdijk, à un « Club d’empires humiliés ».


Publié le mardi 1 juin 2021 . 4 min. 28

D'APRÈS LE LIVRE :

Économie du cinéma

Économie du cinéma

Auteur : Thomas Paris et Philippe Chantepie
Date de parution : 11/03/2021
Éditeur : La Découverte
COMMANDER

Les dernières vidéos
Stratégie

Les dernières vidéos
de Ghislain Deslandes

x
Cette émission a été ajoutée à votre vidéothèque.
ACCÉDER À MA VIDÉOTHÈQUE
x

CONNEXION

Pour poursuivre votre navigation, nous vous invitons à vous connecter à votre compte Xerfi Canal :
Déjà utilisateur
Adresse e-mail :
Mot de passe :
Rester connecté Mot de passe oublié?
Le couple adresse-mail / mot de passe n'est pas valide  
  CRÉER UN COMPTE
x
Saisissez votre adresse-mail, nous vous enverrons un lien pour définir un nouveau mot de passe.
Adresse e-mail :