Le mot « management » fait partie de ces mots dont parlait Paul Valéry : des mots vagues, « qui chantent plus qu’ils ne parlent », « bons pour la controverse » mais mauvais pour la pensée. En apparence neutre, le problème du mot management c’est sa racine manager, qui place le manager au centre de la scène du travail, comme s’il était l’acteur principal, voire indépassable, de l’action collective.
Ce glissement dans les esprits n’est pas sans conséquence : il installe une vision héroïque du manager et, ce faisant, occulte l’objet central : le travail.
Or, c’est bien là le paradoxe. On en vient à croire que le management produit le travail. Alors que c’est exactement l’inverse : c’est le travail qui donne sens au management, et non le management qui donne sens au travail. Le manager n’est rien de plus mais rien de moins non plus qu’une personne de plus pour que le travail se fasse bien.
Face à ce vice caché du mot management, je propose de réhabiliter un terme oublié : le travaillement.
Le mot n’est pas une invention. Il est attesté en ancien français, issu du verbe travaillier, qui signifiait souffrir, peiner. On le retrouve au Moyen Âge avec le sens d’effort, de fatigue. Au XIXe siècle, en chimie, il désignait même l’ébullition du cuivre en fusion. Et dans l’Afrique francophone contemporaine, il a survécu : « faire un travaillement », c’est jeter de l’argent sur un artiste, un griot, un DJ, pour le reconnaître, le célébrer.
Autrement dit, ce mot a toujours porté en lui trois dimensions : l’effort, la transformation, et la reconnaissance.
C’est exactement ce dont nous avons besoin aujourd’hui pour repenser le management au bon niveau.
Dès lors, on pourrait définir le travaillement comme : l’art de faire travailler ensemble des individus et des collectifs, dans le temps et dans l’espace, en réunissant les conditions pour que le travail soit à la fois efficace, soutenable et producteur de santé.
Cela suppose deux choses fondamentales :
• gérer l’écart entre travail prescrit et travail réel ;
• ajuster en permanence coordination et coopération.
Le travaillement, c’est donc l’art de travailler sur le travail, non pas en imposant des procédures abstraites mais en entrant dans la réalité concrète de l’activité. C’est là que se jouent les marges de manœuvre, les régulations fines, les arbitrages éthiques, les dynamiques collectives de coopération ou de conflictualité.
Dès lors, le management cesse d’exister pour lui-même. Sa seule justification, c’est de servir le travail bien fait, entendu comme une activité efficace, soutenable et productrice de santé pour les individus et pour les collectifs.
En ce sens, le travaillement est une boussole. Là où le management classique oublie le travail, le travaillement invite à investir le réel du travail pour un management soutenable.
Publié le mardi 13 janvier 2026 .
3 min. 39
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