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L’intelligence artificielle : savoir confisquer le savoir ?

Publié le mardi 1 juin 2021 . 5 min. 32

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L’Intelligence artificielle est-elle, et sera-t-elle, capable de conduire sa propre évolution, sans nous les humains ? Mais surtout si tel était le cas, quels impacts cela pourrait-il avoir ?

Nous pensons bien sûr au roman de Robert Stevenson publié en 1886, Gladstone est au pouvoir en Angleterre, « L’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde ».  Jekyll, Hyde, vous connaissez. L’Intelligence Artificielle, l’IA nous cache-t-elle des choses, à l’instar de Hyde ? L’Intelligence artificielle est-elle le bon docteur Jekyll ou l’horrible Mister Hyde ?

Mais Stevenson avait aussi anticipé autre chose : l’explosion révolutionnaire de l’exploration psychanalytique « L’homme est toujours double. Aujourd'hui encore, c'est tout ce que je peux dire sur ce sujet. D'autres me relaieront, me dépasseront dans l'exploration de ce domaine. Et j'ose presque affirmer que, plus tard, on ira plus loin. ». On est en 1886, Sigmund Freud a 30 ans, il n’a pas encore publié ses œuvres majeures.

Approchons cette idée avec trois arbitrages. Le premier est celui du philosophe et en son nom Shakespeare fait dire à Hamlet « Etre ou ne pas être », le deuxième est posé par l’économiste anglais David Ricardo « avoir ou ne pas avoir », le troisième, le plus nouveau, nous est posée par l’Intelligence Artificielle et son armée d’informateurs « savoir ou ne pas savoir ». Etre, avoir, savoir, aurons-nous le contrôle ?

A nos questions, la réponse de l’IA nous revient après un passage dans le caché, le monde de la data et des algorithmes de l’I.A. dont nous ignorons les limites mêmes.

L’I.A. garde les réponses en mémoire sous une forme numérique, codée et, par un étrange mouvement des sens et des mots, nous sommes dans le digital, les doigts.

Nous connaissions bien la déportation de la mémoire dans un ailleurs qui n’est pas l’oubli, ces lieux sont l’ordinateur, le cloud ou le big data entre autres, loin de nous toujours, en rupture physique de notre corps et de nos neurones, aux frontières de l’I.A.

Le Sachant est alors non plus celui qui sait mais celui qui sait où ça se trouve pour programmer.

Cette situation nous amène à considérer trois conséquences et à suggérer des attitudes adaptées, et nous le faisons depuis notre poste d’observation et d’action, le professorat en business school et le conseil. Il s’agit de l’application de la stratégie, de la sélection des élites et de la confiscation des savoirs.

Situation 1 : Comment un dirigeant peut-il faire comprendre et appliquer sa stratégie alors que nous constatons que de nombreux développements du digital et de l’IA servent des intérêts locaux et non stratégiques.
 
Le pouvoir bascule de camp et nous suggérons que le Chief Digital Officer soit évalué par sa contribution quantifiée à la stratégie et non à la modernisation des entreprises.

Dualement, les autres dirigeants doivent aussi montrer leur contribution stratégique à la digitalisation et non pas aligner des projets plus ou moins aboutis et qualifiés par le CDO.

Situation 2 : La sélection des élites ne nécessite plus le recours à la mémoire et à terme même pas à la capacité à comprendre les processus comparatifs.

L’interrogation est autre et double : quelles élites recruter ?

L’IA nous oblige évidemment à être vraiment rigoureux sur nos ouvertures et la sélection des élites sera sur l’appétence à la discussion et la théorisation, à l’opposé du conformisme des discours ambiants. L’IA peut contribuer de façon exceptionnelle à la redistribution de la carte des aptitudes.


Situation 3 : L’I.A. confisque-t-elle le savoir ou donne-t-elle le signal de départ de la ruée vers le digital à l’instar de la ruée vers l’or qui a enrichi les vendeurs de pelles et les foreurs de pétrole et non les chercheurs d’or ?

Il est quelques phrases faussement pertinentes qui construisent aujourd’hui un consensus socio-économique, en voici quelques-unes : « nous devons conjuguer le digital et l’humain », « il faut avoir vingt ans pour bien mener une opération digitale », « innover par le digital est inévitable »…Sur ces signaux, surtout émis par un dirigeant, la ruée vers le digital s’engage sans but et sans stratégie autre que l’innovation pour rester dans une course à la modernité.

Je recommande simplement un audit de ce qui a été entrepris dans les firmes en matière de digital et IA.

Savoir ou ne pas savoir, telle est la question. Remercions l’IA de nous y ramener.

L’IA nous amène à inverser le connu et l’inconnu, conséquences d’une machine désobéissante ou d’un marché nouveau ?


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