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Aujourd’hui, un cadre reçoit 10 fois plus d’informations qu’il y a 15 ans et il produit 10% de données en plus chaque année. La révolution numérique renforce donc l’aspect stratégique des métiers de l’information dans les entreprises. Pour en parler, Xerfi Canal a reçu  Anne-Marie Libmann et Véronique Mesguich, co-présidentes de l’ADBS, l’association des professionnels de l’information.

 

On associe souvent cette déferlante d’information au terme d’infobésité. Est-ce que ce trop-plein d’information freine l’activité de l’entreprise ?


Eh bien je vais peut-être vous surprendre, mais l’infobésité n’est pas forcément une chose négative. Avant la révolution numérique, la recherche d’information était longue et coûteuse. Aujourd’hui tout est à portée de main. Mais bien sûr, il faut savoir gérer et maîtriser ce flux envahissant et c’est là que les professionnels doivent intervenir, pour justement trouver intelligemment la bonne information et la valider dans ces flots d’information difficiles à maîtriser, et à la qualité souvent douteuse. Ils doivent aussi mettre en place des systèmes souples et agiles de partage, d’enrichissement ou de capitalisation de cette information.


Alors comment ces professionnels gèrent-ils ce flux justement pour éviter d’être « noyé » ?


En fait, on est passé de la gestion de la rareté à la gestion de l’abondance. Vous l’avez compris, ce qui fait la différence, ce n’est pas la recherche basique de l’information. La règle d’or, c’est de savoir trouver LA bonne information et aussi de savoir en extraire de la connaissance utile pour l’entreprise. Car l’information doit permettre à l’entreprise de se constituer un capital de connaissance de qualité, qui lui permette de prendre les bonnes décisions. Le rôle des professionnels de l’information est là : constituer et gérer une base de connaissances pour l’entreprise, et qui soit un véritable support d’aide à la décision stratégique. Dans ce cadre, ces professionnels sont les piliers de l’intelligence économique et technologique de l’entreprise.


Quels sont les nouveaux métiers de la fonction information qui ont émergé dans ce contexte ? 


Il y a bien sûr tout ce qui a trait à l’intelligence économique et en particulier à la veille. La gestion de l’e-réputation ou encore la veille technologique ou concurrentielle sont devenus des métiers hautement stratégiques. Il y a aussi le  knowledge management, qui a pour but de centraliser tous les savoirs et les compétences internes à l’entreprise, ce qui peut par exemple passer par la mise en place de réseaux sociaux d’entreprise. Je pense encore au record management, qui est la gestion de toutes les preuves d’activité de l’entreprise et qui permet de se prémunir contre les risques.

 

Et qu’advient-il des métiers classiques ?


Les métiers classiques ne disparaissent pas, mais s’enrichissent de compétences nouvelles,  on peut même parler d’hybridation des compétences, ces compétences venant souvent de métiers connexes. On constate notamment de nouvelles convergences entre différents métiers. Le métier de document contrôler par exemple, de plus en plus répandu dans l’industrie, utilise des fonctions documentaires classiques, mais combinées avec d’autres  compétences très techniques, issues des contraintes de la nouvelle réalité numérique.


Mais est-ce que les personnes sont prêtes à changer de rôle ?


Il faut se rendre compte que le numérique impose une certaine agilité dans l’organisation des entreprises. Mais dans le même temps, il faut garder en tête que certaines compétences que l’on pourrait qualifier de « classiques » deviennent importantes pour gérer cette  transition numérique précisément. C’est le cas par exemple de la gestion de projet car il faut de bons chefs de projets, des gestionnaires pour mettre sur pied et coordonner des projets de structure de l’information et d’architecture des systèmes d’informations.


Et est-ce que les entreprises sont en mesure d’assurer cette transformation ?  


C’est vrai que ces professionnels de l’information aux compétences bien spécifiques (ou qui peuvent se former ou former aux nouvelles compétences) sont souvent à aller chercher à l’extérieur de l’entreprise. C’est pourquoi il faut des traits d’union entre le monde de l’entreprise et les professionnels. Nous pensons que c’est aujourd’hui, au XXIeme siècle, bien le rôle d’une association professionnelle : plutôt que de s’enfermer dans une attitude passéiste et corporatiste, il s’agit d’accompagner les adhérents dans leur employabilité, et de permettre aux entreprises et aux organisations de créer de la valeur, d’être plus compétitives grâce aux compétences des professionnels de l’information.

 

 

Anne-Marie Libmann et Véronique Mesguich, Le rôle stratégique des professionnels de l'information, une vidéo Xerfi Canal TV

 

 


Publié le jeudi 22 janvier 2015 . 5 min. 05

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