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Ce capitalisme miné par les excès de la ploutocratie

Publié le vendredi 1 mars 2019 . 4 min. 51

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Le syndrome du dernier centile est devenu un incontournable. Du « rapport sur les inégalités mondiales » qui souligne le fait que les 1% les plus riches du monde ont capté 27% de la croissance mondiale entre 1980 et 2016, en passant par la fameuse la courbe de l’éléphant de Branko Milanovic, qui permet de visualiser le surplace en termes de revenus des classes populaires et moyennes des pays riches, jusqu’aux travaux impulsés par Thomas Piketty, qui surlignent la concentration de richesse entre les 10% les plus riches, il existe une conjonction de résultats concordants validés de plus en plus par les grands organismes internationaux.


L’origine des distorsions


Et même les plus incrédules finissent à se rallier au constat, lorsqu’il s’agit d’expliquer les crises sociales récentes et leur traduction dans les urnes. Sur ce constat, s’engage alors très vite un débat sur notre fiscalité et sur les leviers pour rééquilibrer le partage des revenus. Taxer davantage le patrimoine et sa transmission, augmenter la progressivité de l’impôt sur le revenu, limiter l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux… Tous ces débats interdits ne le sont plus. Mais en déplaçant immédiatement la réflexion sur notre appareillage fiscal, est-on vraiment à la hauteur de l’enjeu ? Tout se passe comme s’il suffisait de prélever et de réallouer les revenus faramineux de quelques hyper-riches pour recréer de l’harmonie sociale.


Il y a deux choses fondamentales que l’on esquive dans ce type d’approche. 1/ Quelle est l’origine de ces formidables distorsions de revenu primaire ? 2/ Sommes-nous politiquement et techniquement armés pour y remédier ?


Concernant l’origine des distorsions, on peut avancer une multitude de causes : 1/ Il y a d’abord l’affaiblissement délibéré du pouvoir de négociation des salariés, via la dérèglementation du marché du travail, l’affaiblissement du pouvoir syndical, les modalités de gouvernance actionnariale des entreprises, etc… Paul Krugman considérait en son temps, que ces politiques libérales internes aux pays jouaient un rôle prépondérant dans le creusement des inégalités, avant même la mondialisation. 2/ Il y a des phénomènes de rente. Dans l’énergie, certes, dans le luxe, dans les monopsones du grand commerce aussi mais aussi et surtout dans la sphère digitale. Cette fameuse rente technologique, qui peut devenir phénoménale quand des colosses prennent le leadership de certaines technologies génériques 3/ Il y a enfin la captation de valeur par le secteur financier lui-même, qui a plus à gagner dans la gestion des fortunes phénoménales du sommet que dans son métier de prêteur de transformateur des risques. Il y a donc un socle politique et surtout bien réel, ancré dans l’évolution des structures productives, derrière la concentration des richesses au sommet.


Armes techniques et politiques


Seconde question alors ? Sommes-nous techniquement et politiquement armés pour y remédier ? La réponse à cette question découle de ce qui vient d’être dit précédemment. Derrière une distorsion dans la distribution primaire de revenus, il y bien plus qu’un problème de flux à réallouer. Il y a un mécanisme de concentration qui renvoie à celle du système productif, à sa modalité de gouvernance, à sa spécialisation, à l’irruption de technologies génériques. Il y a surtout tout un système de pouvoir qui passe par la codification des dogmes autorisés, et va jusqu’à la capture du législateur ou même des banques centrales, même quand ces dernières sont indépendantes. Cette capture est bien visible quand il s’agit d’armer les thèses et le pouvoir décisionnaire des climato-sceptiques par exemple. Mais cette capture peut être plus insidieuse et non nécessairement délibérée. Lorsqu’un banquier central bute sur la présence d’acteurs too big to fail, sur une hyper-valorisation des actifs qui entrave toute tentative de remontée des taux, tout indépendant qu’il soit, il doit se conformer aux intérêts dominants au risque de précipiter des catastrophes.


Remédier à la dérive ploutocratique du capitalisme contemporain, la surpondération dans la décision publique de l’intérêt des détenteurs de richesse, n’est pas seulement un enjeu fiscal. Et même si cet enjeu fiscal devait trouver un relai politique, il est fort à parier que l’ampleur des distorsions est telle aujourd’hui que leur correction n’est plus à la portée de l’outil fiscal. Face à cette dérive, il y a une multitude d’autres enjeux, qui vont du renouvellement de nos représentations et de nos dogmes préformatés qui imprègnent la décision publique, jusqu’à une refonte plus profonde de nos modalités de gouvernance privés et publics.


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