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Croissance : c'est la rechute !

Publié le jeudi 1 septembre 2016 . 4 min. 43

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Xerfi Canal TV présente l'analyse d'Olivier Passet, directeur des synthèses - Xerfi

 

Le premier semestre de 2016 a confirmé qu’une véritable dynamique de reprise se mettait en place aux plans national et européen. François Hollande n’avait pas tort lorsqu’il prétendait que les choses allaient mieux. Je ne reviens pas sur le fait que plus que le rythme de croissance, c’était l’engrenage économique qui se mettait alors en place qui confortait le regain de confiance sur le fait que la France comme l’ensemble des économies européennes étaient en train de s’extraire du marasme déflationniste des années 2014-2015. Avec une resynchronisation de la croissance en Europe, entre le nord et le sud ; avec un socle robuste de consommation ; avec une réanimation de l’investissement productif et immobilier ; avec le relai de l’emploi ; avec un début de frémissement des salaires dans les pays les plus avancés dans le processus de reprise. Bref un scénario de reprise auto-entretenue et synchrone, basé sur les demandes domestiques.

 

Face à cela, les mouvements sociaux, le traumatisme des attentats, et la météo de juin, ont joué en France comme autant d’éléments perturbateurs. Et leur effet était déjà bien palpable dans le coup d’arrêt de la croissance observé au deuxième trimestre. Mais cette accumulation de désastres ne remettait pas en cause, le fait que la France demeurait embarquée dans un solide mouvement de reprise européenne. Elle ne fermait pas la porte au fait qu’une partie de la déperdition de croissance du deuxième trimestre pouvait être rattrapée les mois suivants, comme le montrent les trajectoires observées lors de chocs similaires en France ou à l’étranger.

 

J’ai utilisé sciemment l’imparfait jusqu’ici. Car cette lecture, il faut se l’avouer, n’est plus à l’ordre du jour.

 

1/ le scénario de l’effet de rattrapage ne tient plus. On est ici dans l’ordre du constat. Il faut en convenir, c’est a minima un trou d’air dans lequel s’enfonce l’économie française. Et l’on voit difficilement à ce stade comment elle pourrait échapper à une croissance négative au 3ème trimestre. Avec un essoufflement du cycle manufacturier que les enquêtes d’aout confirment après le faux espoir de juillet. Avec un niveau de production qui stagne depuis mars et est recul de 1,5% sur un an, son plus faible niveau depuis novembre 2014. Avec un mouvement de déstockage dans l’industrie et les services qui confirme que les entreprises, en panne de confiance, jouent la montre.  Avec surtout un chiffre de consommation de biens en juillet, en recul de 1% par rapport au niveau moyen du précédent trimestre. Autrement dit, il faudrait deux mois consécutifs à 1% de croissance pour accrocher 0% de croissance en moyenne sur le trimestre. Très difficile dès lors d’envisager une consommation en positif en T3. Très difficile du coup d’échapper à un recul du PIB en T3, après la panne du 2ème trimestre. Et même la construction, dont on pouvait considérer qu’elle était embarquée dans une dynamique propre, étanche aux aléas du moment, marquent des signes de faiblesse, notamment du côté des dépenses d’entretien ou des travaux publics.

 

2/ On cherche de surcroît en vain l’évènement qui pourrait contrecarrer ce trou d’air, et déclencher un sursaut de l’économie. La locomotive allemande commence elle-même à patiner. Toutes les enquêtes dans ce pays confirment que l’industrie est à la peine. La cagnotte pétrolière est en voie d’épuisement, ce qui complique le rebond de la consommation. Quant aux taux d’intérêt, à leur plancher, il est difficile d’imaginer qu’ils produisent autre chose que ce qu’ils ont produit jusqu’ici. Différer un accident financier majeur, sans pour autant avoir prise sur l’économie réelle. Reste éventuellement l’euro, qui s’il venait à se déprécier par rapport au dollar, pourrait fournir une petite bouffée d’oxygène à la demande externe

 

3/ Enfin, pour boucler ce sombre tableau de la rentrée, le risque d’une rupture financière demeure latent. Viendra-t-elle des banques du sud ? Viendra-t-elle d’une prise de risque inconsidérée de fonds en quête de rendement, qui se seront égaré dans les montages hasardeux et opaques ? Viendra-t-elle de la défaillance d’un acteur de l’assurance ?… difficile à dire. Mais, il est clair que le principal danger d’un trou d’air, c’est qu’il n’ouvre une nouvelle ère de turbulence financière à haut risque.

 

Bref. Nous étions avant l’été dans le temps de l’incertitude teintée d’espoir. En cette rentrée, c’est l’inquiétude qui prévaut.

 

Olivier Passet, Economie française : de l’incertitude à l’inquiétude, une vidéo Xerfi Canal TV

 


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