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21/06/202105:55

On attendait le mur des faillites en sortie de confinement, et c’est finalement une vague entrepreneuriale d’une ampleur totalement inattendue qui submerge l’économie. Les économistes ont bien sûr l’habitude de se tromper, mais là, il faut bien le dire, le contre-pied est saisissant : nous vivons l’antimonde de la prédiction. Il faut bien sûr se méfier de l’interprétation des chiffres dans cette période d’incroyable stop-and-go, avant de parler de flambée de l’entrepreneuriat et d’embrayer sur le ressort de la destruction créatrice dans cette phase de transition qui nous projette dans le monde d’après. Les statistiques créations d’entreprises recouvrent une multitude d’histoires.


Le boum de l’autoentrepreneuriat ou le passage d’une précarité à une autre


Celle des précaires et intermittents, jetés sur le tapis par la crise, qui se replient sur le statut tout aussi précaire de l’autoentrepreneuriat pour tenter de sauver ce qu’ils peuvent de leur revenu ; celle des petits patrons de TPE des secteurs mis sous cloche, qui se réinventent momentanément sur des microactivités de substitution ; celle des entrepreneurs qui veulent tirer profit, de façon opportune et temporaire des quelques marchés boostés par la pandémie : masques, gel, produits désinfectants, nettoyage, besoins inhérents à la généralisation des tests et de la vaccination, accompagnement des personnes âgées ou des élèves, tourisme local, etc. Et puis enfin, il y a, de façon plus pérenne, les entrepreneurs qui prennent position sur les segments de l’économie de demain dont la pandémie a accéléré l’essor… : e-commerce, services informatiques, isolation thermique, transport électrique, etc.


Que reste-t-il de cette dernière composante plus pérenne lorsque l’on scrute de près les chiffres ?


Pris dans leur globalité, l’envolée des créations est saisissante. Près d’un million de créations sur un an de juin à mai, c’est du jamais vu. Sur les 5 premiers mois de l’année, les créations culminent 23% au-dessus de leur niveau moyen de 2019 et 68 % au-dessus de leur régime de croisière des années 2010. Et cette vague se produit alors même qu’aucune vague de défaillances ne l’a précédée créant un appel d’air. Tout au contraire. Derrière cela, il y a d’abord un quasi-doublement des créations de microentreprises par rapport aux années 2010 (et un bond de 30% par rapport à 2019), qui représentent aujourd’hui deux tiers des créations d’entreprises. Avec en arrière-plan, la réforme de 2018 : doublement du chiffre d’affaires permettant de se placer sous le statut simplifié d’autoentrepreneur, première année blanche de cotisations sociales, et renforcement de la couverture sociale. Les résultats sont là et bien tangibles. C’est d’abord cette composante des créations qui est boostée par la pandémie. Un statut facilité qui permet à ceux qui ont perdu leurs petits jobs de se reconvertir rapidement et notamment les étudiants : le gros des créations se fait dans la livraison, l’entreposage, les jobs Deliveroo ou Uber Eats, destinés à répondre au repositionnement du commerce et de la restauration, mais aussi autour des besoins informatiques et sanitaires des entreprises. L’explosion des créations, c’est d’abord cela : de l’adaptation rapide aux nouvelles opportunités, du système D et le passage d’une précarité à une autre. Avec beaucoup de personnes qui ne s’en sortent pas. Au dernier comptage de l’Acoss, un autoentrepreneur gagnait en moyenne 5 600 euros par an, contre 42 000 euros pour les indépendants classiques.


Des conditions exceptionnelles pour repositionner les entreprises


Concentrons-nous maintenant sur les créations classiques, hors autoentrepreneurs donc, de moindres ampleurs. En tête, les services aux ménages, les services aux entreprises, les services immobiliers : un positionnement en lien avec les besoins souvent temporaires liés au covid, autour de la sylver economy et du soutien scolaire, un gros appel d’air en faveur des services informatiques en lien avec le télétravail et la plateformisation, une fleuraison de créations d’agences immobilières, et, hormis les secteurs en première ligne du confinement, une poussée généralisée des créations. Dire que cela transfigure le capitalisme français est très prématuré. Mais cela témoigne néanmoins d’une agilité, d’une rapidité de repositionnement des entrepreneurs, qui participe à l’amortissement du choc.


Et si cela est possible, c’est que les conditions financières des entreprises ont maintenu à flot les marchés B-to-B. Les entreprises ont eu les ressources pour s’adapter et mobiliser les compétences et prestations nécessaires à leur adaptation. Leur situation de cash ne cesse de s’améliorer depuis 10 ans et a littéralement explosé avec la crise sanitaire : baisse successive des cotisations, CICE, aubaine du double chèque CICE en 2019, baisse graduelle de l’IS depuis 2018, baisse des impôts sur la production en 2021, l’allègement de la barque fiscale est bien réel et participe largement au dynamisme et à la solvabilité des marchés du B-to-B.


Ajoutons à cela l’extraordinaire liquidité des fonds d’investissement, dans le contexte de taux zéro. L’envolée des levées de fonds dans la Tech début 2021 est spectaculaire, boostant le changement de taille des entreprises des fin-, green-, med-, bio- et mar- Tech…


In fine, l’incroyable essor des créations d’entreprises a tous les visages à la fois : précarisation, débrouille, mais aussi innovation. Et tout cela participe globalement à une agilité, notamment dans les services, qui délivre nos économies contemporaines de la longue et lourde trace des crises industrielles d’antan.


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