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Le modèle économique de la France tient-il encore la route ?

Publié le jeudi 23 novembre 2017 . 5 min. 12

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Quand on évoque le terme de modèle économique, pour un pays, viennent rapidement sur la table le modèle anglo-saxon dérégulé, le ou les modèles du Nord, le modèle rhénan, etc. Existe-t-il encore un modèle français ? Ou ne sommes-nous plus qu’un imbroglio de compromis institutionnels qui noient notre identité ?


Bruno Amable en son temps avait identifié cinq variétés de capitalisme. Il rattachait le capitalisme français à ce qu’il dénommait le modèle européen continental… précisément celui qui était en passe de perdre sa cohérence interne.


Une économie de services


Si les grands choix institutionnels français perdurent, sociaux notamment, ce n’est peut-être pas seulement par conservatisme. Cette adhésion signifie que la population ne les vit pas seulement comme dysfonctionnels. Alors oui, le modèle patine depuis 10 ans. Mais il résiste, et la France maintient tant bien que mal son rang de 5ème ou 6ème puissance mondiale. A y regarder de plus près, la révolution macroniste ne l’écorne qu’à la marge. Comme ses prédécesseurs, il demeure malgré la surenchère des mots le gardien des fondamentaux.


Quels sont ces fondamentaux ? J’aimerais souligner sans exhaustivité trois caractéristiques lourdes qui font notre identité.

1/ La France est devenue une économie de services, à l’instar des économies anglo-saxonnes. Elle a abandonné des pans entiers de l’industrie et notamment de la production de biens de consommation. Elle a investi l’amont et l’aval de l’industrie : le B-to-B, avec une prolifération de centres de R&D, des fleurons comme Atos, Thalès ou ST Microelectronics, enracinés en France même si leur nationalité devient de plus en plus douteuse. Et vue sous cet angle large, il n’y a pas de vraie désindustrialisation en France.


Un pays de multinationales


2/ La France est un pays de multinationales. Elle a bien accommodé la financiarisation en étendant son pouvoir de marché et de réseau via les fusions-acquisitions. Les grandes entreprises ont développé des stratégies de déploiement de leur production et de leurs ventes sur les marchés de destination. Résultat, les multinationales françaises et étrangères présentes en France occupent près de la moitié des salariés du secteur privé non agricole. Celles sous contrôle français occupent dans le même temps 5,4 millions de salariés à l’étranger, à rapporter aux 18 ou 19 millions de salariés du secteur privé localisés en France, et réalisent 53% de leur chiffre d’affaire dans leurs filiales étrangères. C’est beaucoup !


La France doit donc être conçue comme une plateforme productive qui s’étend bien au-delà de ses frontières. Et ses multiples bases d’implantation sont un vecteur essentiel de captation de la demande mondiale. Le ratio chiffre d’affaires à l’étranger sur exportation est le plus élevé du monde développé. Grâce aux revenus primaires de ses implantations à l’étranger et via les services, elle rééquilibre très largement son solde commercial en déficit structurel.


Une socialisation qui rationne certains secteurs


3/ La France est un pays de forte socialisation. Elle ne se démarque pas du point de vue du nombre de ses fonctionnaires rapporté à sa population, en revanche le choix de socialiser, d'uniformiser la santé et l’éducation et de les financer par les impôts, a de grosses conséquences. Il rationne fortement la capacité de développement de ces secteurs en les soumettant aux règles de rigueur budgétaire. Il en limite aussi le potentiel de diversification de gamme, d’emploi et de salaire par rapport à une option marchande. C’est un choix collectif louable, d’ailleurs. Mais qui a aussi pour conséquence qu’une part importante du déficit d’emploi français se concentre sur ces deux secteurs.


On pourrait encore ajouter bien d’autres caractéristiques. Le choix de fortement taxer le capital par exemple, mais qui aménage de grosses zones de confort aux entreprises si l’on intègre à l’écosystème France les paradis fiscaux mitoyens du Benelux.  Ou encore le fait que la France, comme l’Allemagne, développe une économie de bazar, avec un des plus haut contenu de valeur ajoutée importée dans ses exports. Ce qui signifie qu’elle a un comportement actif d’optimisation de ses chaines de valeur.


Tout cela ne fait pas nécessairement de la France un modèle incohérent ou moribond. Et plutôt que de le décrier, mieux vaut l’identifier, si on veut le réformer efficacement.

 

Olivier Passet, Comprendre les spécificités du modèle économique de la France, une vidéo Xerfi Canal Economie.


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