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19/07/202106:40

Minimiser le dérèglement climatique, c’est l’enjeu numéro un de toute politique qui place l’intérêt général et les horizons longs au cœur de ses préoccupations. Le rapport Blanchard-Tirole ne s’y trompe pas et parle de menace existentielle.


La transition par la « main verte » invisible


Partant de là, il nous livre un consensus d’experts sur une palette d’instruments et de principes d’actions pour limiter le réchauffement… à supposer que toutes les régions du monde s’engagent sur la même trajectoire que l’UE : uniformisation du prix du carbone, augmentation graduelle d’une taxe carbone à assiette large, correction des effets anti-redistributifs, amélioration du marché des quotas, subvention à la R&D, taxe aux frontières, voire quelques normes ou mesures de planification à utiliser avec modération. Une palette ouverte donc. Avec d’abord le bâton et la carotte des impôts positifs ou négatifs pour produire les bons signaux prix. Le but étant d’inciter la décroissance des biens à forte intensité carbone et de stimuler la R&D bas carbone. La transition par la « main verte » invisible en somme qui passe sous silence les solutions technologiques, leur faisabilité, les modes d’organisation, les formes d’aménagement du territoire, etc. Implicitement, le rapport mise sur l’auto-organisation des agents pour effectuer ce saut qualitatif et s’en remet à l’incroyable capacité d’adaptation du capitalisme et de transformation des obstacles en nouvelle opportunité de croissance. Mais comment adhérer à un raisonnement, aussi logique soit-il sur le papier si l’on ne dévoile ni le point de départ ni le cheminement ni le point d’arrivée attendu ? À quelle réalité se raccrocher ? Lorsque l’on dit bas carbone, au fond, on n’a rien dit des contours, du comment de l’objectif ou très peu. Idem pour le concept de R&D verte qui dispense les auteurs de préciser où, quand et comment investir.


Le rapport part certes d’un certain nombre de faits qui se veulent objectifs : les faits, ce sont les émissions carbone aujourd’hui : 42 gigatonnes par an. Si nous ne freinons pas drastiquement les émissions actuelles, le seuil à partir duquel nous dépassons de façon inexorable 1,5 degré de réchauffement sera atteint dès 2031. Les faits, ce sont des montants d’investissements « qualifiés de verts » nécessaires pour réaliser cette transformation : 1 à 2,5% du PIB par an, un ordre de grandeur sorti d’autres rapports experts qui n’est pas hors de portée a priori selon les rapporteurs. Les faits, ce sont des citoyens qui ont pour principal défaut de ne pas être conformes à l’homo economicus des modèles : opaques à la rationalité économique, averses à la taxe carbone, incapable de percevoir les coûts cachés de mesures a priori plus populaires, mais plus prohibitives et moins efficaces. Et inaptes à valoriser correctement le bénéfice collectif et intergénérationnel des sacrifices présents. Voilà le point de départ de ce rapport : l’effet lampadaire des chiffres du GIEC qui permet de fixer un but d’émission et le mur de l’ignorance des citoyens auquel le rapport consacre agacé plus de lignes qu’à la finance ou aux entreprises, pourtant acteurs décisifs des choix d’investissement.


L’innovation verte ne naitra pas de la taxation


Mais est-ce vraiment cela la réalité qui nous intéresse ? Pour ces économistes qui raisonnent en équilibre de marché, la réalité est d’une simplicité qui effraie. La réalité, c’est une économie haut carbone au départ, faible carbone à l’arrivée, puisque les émissions seront tarifées et que la classe moyenne sera ralliée à la cause par des chèques compensatoires. Ce monde unidimensionnel est bien confortable. Pas d’histoire, pas de trajectoire, pas de dépendance au sentier dans laquelle est engagée l’économie. Et des solutions qui naîtront spontanément. Et de cette façon, ce qui devrait être au cœur de nos préoccupations est totalement esquivé. Pour qu’une taxe fonctionne, il faut que des solutions de substitution alternatives existent. C’est essentiel. Il faut notamment que l’ensemble de la filière qu’engage cette nouvelle solution soit réellement à faible émission. C’est peu contestable dans certains cas (le passage du charbon au gaz pour la production électrique). C’est parfois le cas avec des résultats très disparates en matière d’isolation thermique. Le bilan est encore très incertain concernant le véhicule électrique ou la production d’éoliennes lorsque l’on prend en compte toute la chaine de fabrication et d’extraction des terres rares, avec d’autres externalités environnementales négatives que le carbone. C’est encore plus contestable, lorsque l’on croit avec le télétravail et le numérique détenir un sentier de dématérialisation et de décarbonation des entreprises. Le soubassement matériel de l’économie digitale est considérablement énergivore. Croire que l’innovation verte naîtra de la taxation est une autre candeur. L’innovation n’est pas que technologique : elle est marketing, elle est design. Elle s’ingénie à produire des biens et services dont le prix est déconnecté du coût véritable et dont la demande est très peu élastique aux prix et donc aux taxes. Elle est fiscale, contournant les fiscalités nationales. Pour les géants du numérique, quelle est la faisabilité d’une taxation carbone aux frontières quand leurs fermes de données sont localisées là où les taxes et l’énergie sont à plus faible coût ? La liste serait longue encore.


Et c’est cela la réalité qu’il nous faut affronter en urgence. Non pas ignorer l’appareil productif, la dynamique dans laquelle il s’engage toujours plus loin sous l’impulsion des investisseurs financiers, mais au contraire fouiller cette réalité. Oser des prospectives d’une économie verte souhaitable, incorporant les technologies possibles, pensant l’organisation du territoire, le design des villes, les filières complètes. Car à force d’esquiver ces questions et d’évoquer une transformation dont on ne connaît pas le contenu, de faire le pari de la main invisible, on prend le risque de se réveiller trop tard sur l’inefficacité d’instruments dont les promesses n’étaient que théoriques.


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