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Partout le marché progresse et nulle part l’État ne régresse. Non seulement il ne régresse pas, mais il ne cesse d’être de plus en plus sollicité pour maintenir à flot nos économies, pour assurer les risques et pour cofinancer les projets. Et chacun peut nourrir indifféremment le discours de la dilatation du marché comme de l’État. Nous sommes bien loin des promesses des promoteurs de la nouvelle révolution libérale au début des années 80 qui concevaient leur projet comme une guerre de terrain, où l’extension de l’économie de marché avait pour corollaire une réduction du champ d’intervention de l’État et du poids de ses dépenses et de ses prélèvements.


Une socialisation toujours plus poussée de nos économies


Que voyons-nous 40 ans plus tard ? Le recul syndical est bien là. L’extension de la sphère privée et notamment la privatisation des grandes entreprises de réseau, de la banque, du transport en passant par les télécoms ou l’énergie est bien une réalité. L’assouplissement du droit du travail traverse toutes les grandes économies de l’OCDE, comme la diffusion de la gouvernance actionnariale, l’internationalisation du capital, avec à la clé une convergence des modalités de management et de la culture du résultat, qui sont le socle de la financiarisation… Tout cela est une réalité difficilement contestable. Mais elle se combine avec un degré de socialisation toujours plus poussé de nos économies, sous l’effet des crises récurrentes qui ébranlent le système. Si nous prenons nos distances avec le cas français, représenté souvent comme une exception anachronique, cette tendance caractérise l’ensemble des économies développées. On peut l’objectiver très sommairement à travers le poids des dépenses publiques : 40 ans après les débuts du tournant néo-libéral, les États développés produisent ou réallouent en moyenne 45% de la richesse produite.


Le primat de la stabilité financière et des profits


La fonction sociale, correctrice du marché, des États développés n’a cessé de se développer, via des transferts monétaires ou en nature. Pour trois raisons essentielles :


1. Premièrement, les besoins inhérents aux domaines à forte externalité, que le marché ne peut gérer à travers le système des prix, ne cessent de générer des besoins croissants : santé, éducation, et maintenant les enjeux climatiques (qui sont le socle de l’efficacité et de la soutenabilité des économies à moyen et long terme) mobilisent toujours plus de moyens. Ces secteurs, en dépit des fausses promesses du numérique, ne disposent pas de fort gisement de productivité, pour faire mieux à moindre coût. Et leur mise sous gestion privée génère plutôt une hausse des prix, à l’instar du système de santé et d’éducation américain. Les asymétries d’information étant trop puissantes pour permettre au consommateur d’objectiver la juste valeur du service rendu et faire jouer la concurrence.


2. Deuxièmement, la digitalisation permet aux États d’affronter et de gérer, dans des économies inévitablement de plus en plus complexes, des situations normatives qui deviennent elles-mêmes toujours plus complexes. À la paperasse envahissante et à la multiplicité des guichets se substitue une intrusion moins chronophage, moins visible des algorithmes, qui accroît le contrôle, la sophistication individualisée des aides, des normes, avec pour point d’orgue la crise sanitaire… Une tendance très éloignée du désir libéral candide de la simplification administrative.


3. Enfin, la libéralisation de nos économies, à travers sa financiarisation, a produit de façon sous-terraine, sans que le projet ne soit jamais explicite, une nouvelle configuration de la gestion du risque qui concentre sur les États une fonction assurantielle qui initialement était portée par les entreprises et in fine par la finance. Le prima de la stabilité financière, qui a pour corollaire celle des profits, la montée en puissance des entreprises too big to fail, ont reporté sur les États la prise en charge des aléas du cycle des affaires. Recapitalisation et interventions budgétaires contra-cycliques massives sont nécessaires pour minimiser le risque porté par la sphère privée. La flexibilité de la masse salariale inhérente à la stabilité financière exige elle-même une intervention croissante des États en matière de sécurisation du pouvoir d’achat et des débouchés (revenus de substitution ou complémentaires, chèques ponctuels, chômage partiel etc.). Sans parler des cofinancements publics privé, là où la profitabilité est différée, que ce soit dans le financement de l’innovation en association avec le private equity, ou celui des infrastructures qui institue une relation partenariale de fait entre les sphères privées et publiques. Le « quoi qu’il en coûte », non financé par l’impôt, n’est pas un accident de l’histoire, mais la condition même de la reproduction du système. Avec à la clé une explosion de la dette publique qui n’est soutenable que grâce au contrat implicite qui lie les États, les banques centrales et les institutions financières, où les taux d’intérêt sont tout sauf un prix de marché intériorisant le risque porté par le système, mais la convention qui permet au système de se maintenir et de décaler la catastrophe.


Le « plus de marché » va avec « plus d’État ». C’est un constat faussement paradoxal qui ne fait finalement que réactualiser la critique marxiste de l’État, instrument au service de la classe dominante.


Publié le mercredi 7 décembre 2022 . 5 min. 38

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