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Médicament : les causes du retard d'innovation français

Enregistré le mercredi 24 mars 2021 . 4 min. 36

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La France n’avait déjà pas de pétrole… et elle n’a maintenant plus d’idées, en tout cas plus dans l’un de ses bastions : l’industrie pharmaceutique. L’incapacité des laboratoires français à développer rapidement un vaccin anti-Covid a donné un coup de projecteur sur les difficultés structurelles de ce secteur à innover. Des difficultés pointés du doigt dans une note éclairante du Conseil d’analyse économique de janvier 2021 intitulée « innovation pharmaceutique : comment combler le retard français ? ».


Une série de chiffres trahit la mauvaise posture de la France. Commençons par les données autour des biotech, ces sociétés de petite taille dont le métier consiste à concevoir des nouvelles technologies autour des médicaments et vaccins. Hé bien, l’écosystème français de soutien aux start-up finance moins de biotech qu’au Royaume-Uni (respectivement 117 contre 135 en 2019). Le ticket moyen pour les financer y est aussi inférieur : 9 millions d’euros, contre 12 au Royaume-Uni et 16 en Allemagne. La part des biotech françaises dans le paysage européen de la biotech diminue également. Autre indice du déclassement français : les statistiques sur les brevets triadiques (déposés à la fois en Europe, au Japon et aux États-Unis). La France dépose 15 à 20 fois moins de brevets par million d’habitants que la Suisse ou le Danemark, les deux leaders européens. En 1995, cet écart n’était que de 5. Enfin, le poids de la France dans les publications internationales au sein des revues spécialisées de santé se réduit.


Alors d’où vient ce retard français ?


Les problèmes naissent dès la phase « d’émergence » des projets d’innovation, au niveau de la recherche fondamentale qui s’exerce le plus souvent à l’université. Les financements publics alloués à la R&D pour la santé ont dégringolé de 30% entre 2011 et 2018 (en euro constant) alors qu’ils ont progressé en Allemagne et au Royaume-Uni. Le niveau des salaires des jeunes chercheurs se situe également à 63% du salaire moyen des pays de l’OCDE : un niveau bien trop bas pour attirer les meilleurs talents.


En phase de croissance des projets, les ennuis continus. Les problèmes de collaborations entre universités et entreprises empêchent de passer de la recherche fondamentale à la recherche appliquée : la France se situe à la 32e place du classement de la Banque Mondiale sur les collaborations Université-Industrie en R&D alors que la Suisse est à la 1ère place, le Royaume-Uni à la 6e place et l’Allemagne à la 8e. Ça coince aussi du côté des essais cliniques. Trop d’essais financés par des acteurs publics sont non randomisés, c’est-à-dire réalisés de façon non aléatoires. C’est un vrai problème car les essais aléatoires apportent les preuves scientifiques les plus rigoureuses et donc rassurent les investisseurs.


En phase de maturité du projet, les obstacles apparaissent décourageants. Les délais d’accès au marché français sont très longs : 489 jours entre l’obtention de l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament et sa commercialisation, contre 209 au Royaume-Uni et 119 en Allemagne. Pour couronner le tout, la fixation du prix d’un médicament innovant n’a rien d’incitatif pour une biotech car il se fonde non pas sur des critères d’ordre médical, socioéconomique ou éthique mais… sur le prix fixé par les voisins, en l’occurrence l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni. Enfin, la structure concurrentielle du marché français n’est pas celle de l’Allemagne ou des États-Unis : elle ne pousserait pas les laboratoires privés à accroître ses efforts d’innovation entre le trop faible usage des génériques, les rentes de situation de labos sur certaines classes thérapeutiques sans oublier le rôle de régulateur de l’Assurance-maladie.


On peut se consoler en se disant que le déclin de l’innovation pharmaceutique touche tous les pays. À la logique de blockbuster (où les médicaments sont destinés à un large public) s’est substituée une logique de « niche busters » à volumes faibles, par exemple sur des maladies orphelines, plus complexes à concevoir et surtout qui demandent de très importants capitaux. Ce serait donc cela la clé du renouveau de l’innovation pharmaceutique française : une industrie financière puissante. Et ça, c’est encore dans nos cordes !


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