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Le déferlement du bullshit : le baratin plus fort que le mensonge !

Publié le mardi 7 février 2023 . 3 min. 55

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Quand Alain Souchon chantait il y a quelques années « j’suis bidon », il ne savait sans doute pas qu’il signait le manifeste de ce qu’allait devenir la société libérale et capitaliste. Certes la nature à peur du vide disait Pascal, mais le capitalisme, lui, n’en a cure. Il affectionne d’ailleurs tellement le vide qu’il l’a érigé en principe. Par une mystérieuse alchimie, le vide est devenu un levier de création de valeur économique. Les marketers ont en effet réussi ce tour de passe que les philosophes enviaient et reprochaient aux sophistes : faire être ce qui n’est pas ; et lui octroyer de surcroît une valeur symbolique donc et économique.

Ainsi, il ne s’agit plus seulement de vendre l’eau au prix du champagne parce qu’elle vient de Lourdes, mais de vendre tout simplement de l’air, du rien, du néant. D’où ces bouteille remplies d’air de Paris ou provenant du Mont Ventoux que vous pouvez vous procurer pour quelques dizaines d’euros. Quand il ne s’agit pas de vendre de l’air respiré par Kanye West pour la modique somme de 7000$.

Que nous dit cette apologie du simulacre et du baratin ? D’abord que nous sommes bien loin d’abandonner les rives de la surconsommation. Mais là n’est peut-être pas le plus grave. Dans le livre audacieux que le philosophe Harry Frankfurt a consacré au bullshit, celui-ci définit le baratin comme un discours destiné à persuader sans tenir compte de la vérité. Le baratineur ne se soucie pas de savoir si ce qu'il dit est vrai ou faux, mais se soucie uniquement de persuader l'auditeur.

Frankfurt établit une distinction judicieuse entre les baratineurs et les menteurs. Selon lui les baratineurs sont plus insidieux : ils représentent une plus grande menace pour la vérité que les menteurs. Le menteur veut détourner les gens de la découverte de la vérité. Le baratineur se distingue lui par son mépris de la vérité. C’est pourquoi le terme de « bullshit » renvoie tour à tour à ce qui est inutile, insignifiant et qui relève du non-sens. Alors pourquoi parle-on aujourd’hui autant de bullshit ? Ce n’est pas nous dit Frankfurt parce qu’il y en a plus que par le passé. C’est tout simplement parce que les gens s’autorisent à participer à des conversations sur des sujets à propos desquels ils n’ont en fait aucune connaissance. L’excès de confiance nous fait souvent surestimer notre niveau de connaissances sur un sujet donné ; on se sent légitime à exprimer une opinion sur n’importe quel sujet, malgré un manque d’informations souvent patent. Comme elles ne s’appuient pas sur des faits, les opinions exprimées ne font donc que traduire la plupart du temps un mépris de la vérité. Ce qui compte est de paraître bien informé ou d'avoir une opinion adéquate. C’est pourquoi la montée du baratin est dangereuse car elle exprime un mépris croissant de la vérité.

Le bullshit est donc finalement beaucoup plus nocif que le mensonge, car c’est à en croire Frankfurt le plus grand ennemi de la vérité. Et c’est pourquoi il faut vraiment se battre contre ce poison qu’est le bullshit. Car non content de rendre toutes les discussions poisseuses, il se propager comme une réaction en chaine pourrissant les échanges et les prises de décisions. Le bullshit emblématise une merdification de la vie sociale qui n’engendre que de l’anxiété de la souffrance et de la violence. Car y a-t-il plus difficile à supporter que l’insignifiance et la perte du sens ? Ce qu’avait bien compris Alain Souchon quand il chantait « J'ai avalé deux trois maxitons. Puis j'ai bousillé " Satisfaction ". Consternation ... »


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