Aujourd’hui, en France, environ 30 % des femmes qui travaillent sont à temps partiel, contre 5 % des hommes qui travaillent. Pour le dire autrement, quasiment 80 % des contrats à temps partiel sont occupés par des femmes. De la même façon, dans tous les pays d’Europe, le temps partiel est plus répandu chez les femmes que chez les hommes.
Or, le temps partiel contribue fortement aux inégalités de revenu. Ainsi, en France, l’écart de salaire est aux alentours de 25%, c’est-à-dire que les femmes gagnent environ 25% de moins que les hommes, mais il tombe aux alentours de 16% quand on considère, non pas le salaire mensuel, mais le salaire horaire. Cela signifie que 9 points d’écart (25-16) sont en fait dus à la surreprésentation des femmes parmi les personnes qui travaillent à temps partiel.
Il arrive régulièrement que l’on me dise « mais c’est un choix de la part des femmes de travailler à temps partiel, donc ce n’est pas vraiment une inégalité ». Cependant, cet argument occulte le caractère contraint de ce choix, quand c’en est un en apparence.
Tout d’abord, il faut distinguer entre le temps partiel à la demande du ou de la personne qui travaille, que l’on dit « choisi », même si ce terme peut être questionné, et le temps partiel « contraint », correspondant à des situations où la personne souhaiterait occuper un temps plein mais n’a pas accès à des contrats à temps plein. Parmi les 30% de femmes qui travaillent à temps partiel, environ 2/3 le sont à leur demande, et 1/3 y sont contraintes, une proportion qui est relativement équivalente chez les hommes.
Cependant, ce qui différencie beaucoup les femmes des hommes, au-delà de la beaucoup plus forte prégnance du temps partiel chez les femmes, ce sont les raisons invoquées pour demander un passage à temps partiel. Chez les femmes, la première raison invoquée (pour la moitié des femmes) concerne du soin à des proches dépendants (parents, enfants). Chez les hommes, la première raison invoquée (pour un tiers des hommes) concerne le souhait de suivre une formation ou d’effectuer une autre activité professionnelle. Or, être à temps partiel pour du soin à des proches dépendants n’a pas du tout le même retentissement sur la carrière ou le revenu qu’être à temps partiel pour suivre une formation ou exercer une autre activité professionnelle.
Ces éléments montrent donc que ce que l’on qualifie de choix est en réalité très contraint par les normes sociales de genre, et notamment les injonctions à être présente et disponible pour ses enfants, qui pèsent beaucoup plus sur les femmes que sur les hommes. Il est donc temps d’arrêter de parler de temps partiel choisi, et de considérer la surreprésentation des femmes parmi les personnes travaillant à temps partiel comme une véritable inégalité.
Publié le mardi 08 avril 2025 .
3 min. 08
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de Clotilde Coron
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