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22/03/202104:22

L’essentiel de la littérature et des formations dédiées aux « soft skills » puise son inspiration dans une conception individualiste du leadership. Quelque soit l’angle choisi – visionnaire, authentique, participatif ou charismatique – on revient toujours à cette idée que l’efficacité d’une équipe, d’une entreprise ou même d’une nation dépend des qualités intrinsèques de celui ou celle qui est en responsabilité.


C’est ainsi que la thématique du leadership se confond avec des caractéristiques individuelles à l’origine de tout une série de dérives ayant pour effet de dévitaliser le concept d’une partie significative de sa substance. 


Parmi ces dérives, notons celle de la simplification outrancière du fonctionnement d’un collectif. Il n’y a pas d’un côté le leader et son leadership et de l’autre un corps social passif dont l’efficacité dépend des qualités du chef. N’en déplaise aux dealers de solutions pré-packagées, l’instabilité et la subtilité des relations humaines dans un contexte organisé font de l’action collective un sujet aussi passionnant que complexe.


Une autre dérive est de circonscrire la question du leadership au rôle de leader. Si on peut parfaitement faire preuve de leadership en occupant une position de leader, le seul fait d’être dans cette position ne confère pas automatiquement du leadership. De même, l’exercice d’une fonction subalterne n’empêche pas l’expression d’un leadership, notamment auprès de ses collègues.


Plus généralement, l’intérêt quasi exclusif porté au rôle de leader favorise le développement d’une relation tumultueuse avec de nombreuses incarnations du pouvoir. Car, plus on prête de qualités aux leaders et plus grande est la déception lorsque les résultats manquent à l’appel et plus grand est alors le sentiment de défiance voire de détestation envers ces derniers.


Le drame et l’ironie de la chose, c’est que pour atteindre de telles fonctions, les belles promesses sont non seulement nécessaires mais également attendues. 


Une troisième dérive est le développement du potentiel narcissique de celles et ceux qui aspirent à devenir des leaders. Ce phénomène résulte d’une focalisation excessive sur l’individu-leader, son intelligence, sa personnalité et sa façon d’être.


Comme il faut bien se connaitre pour espérer diriger les autres, il est tout à fait normal de s’intéresser à soi en cherchant à se comprendre et à donner du sens à ses ambitions sociales. Mais dans cette quête introspective, on peut facilement basculer dans l’amour de soi, puis dans une vaine obsession de son propre « moi ». A mesure que l’on progresse sur l’échelle sociale, cette obsession favorise une sorte de dégénérescence de l’égo à l’origine de nombreuses dysfonctionnalités chez les leaders.


L’importance des rayons dédiés au développement personnel dans la plupart des librairies ainsi que le succès des formations dédiées aux « soft skills » en management témoignent de cet engouement pour l’introspection et l’efficacité personnelle.  


Ce besoin d’optimiser sa vie professionnelle en se concentrant sur sa petite personne est donc un signe de notre temps. Et pour satisfaire ce besoin égotique, une variété toujours plus grande de régimes prescriptifs sont proposés par des auteurs théorisant davantage à partir de leur cas particulier que de travaux d’inspiration scientifique.


Mais à leur décharge, la tâche est difficile et laborieuse car en matière de leadership, être soi-même suppose de dépasser le cadre du selfie pour acquérir une vue d’ensemble. Être soi-même c’est aussi et surtout savoir qui l’on est au sein du collectif auquel on appartient. Et être soi-même exige d’oser la connaissance élaborée pour être en capacité de faire usage de ce bien précieux que les philosophes appellent l’entendement.


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