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01/02/202103:46

Vous avez peut-être déjà entendu ce fameux proverbe à propos des entreprises familiales : « la première génération construit, la deuxième génération consolide, et la troisième génération dilapide ». On appelle quelquefois ce phénomène « l’effet Buddenbrooks », en référence au roman de Thomas Mann, qui raconte, sur quatre générations, le déclin de l’entreprise créée par une riche famille d’Allemagne du Nord. Plus familièrement, on résume aussi parfois cet effet par la phrase lapidaire : « le pionnier, le faucon, et le vrai con. » Cette malédiction de l’entrepreneur est en fait assez fréquente et, de Seagram à Smoby, on ne compte plus les exemples d’entreprises à succès qui ont été conduites à leur ruine par des héritiers incompétents.


Comme le souligne le chercheur canadien Henry Mintzberg, il est toujours surprenant de voir à quel point des entrepreneurs talentueux, souvent perspicaces, parfois géniaux, sont totalement aveuglés lorsqu’il s’agit de choisir leur successeur. Si l’on peut tout à fait comprendre qu’ils cherchent à assurer la pérennité de leur entreprise et la postérité de leur patrimoine, ils se trompent bien souvent en supposant que ce sont leurs propres enfants qui seront les plus à même de prendre leur suite.


D’après certaines études, l’entrepreneuriat est une bien affaire de famille, mais pas une question d’hérédité. Les entrepreneurs ont souvent un autre entrepreneur parmi leurs proches, que ce soit un oncle, un beau-père ou une cousine, qui leur sert de modèle. Il semble plus difficile de créer une entreprise lorsque l’on est issu d’une famille de salariés, où personne n’a jamais franchi le pas de l’entrepreneuriat. En revanche, comme le rappelle Mintzberg, les entrepreneurs sont souvent issus de foyers où le père est faible, effacé, voire absent. L’enfant est alors forcé de développer une meilleure autonomie et peut en venir à assumer le rôle de chef de famille, ce qui le dote de qualités indispensable à un futur entrepreneur. On peut bien entendu évoquer le cas de Steve Jobs, abandonné à la naissance, celui de Luciano Benetton, devenu orphelin à quatorze ans, ou celui de Jeff Bezos, dont les parents ont divorcé lorsqu’il avait trois ans.


Bien entendu, des exceptions existent, et vous pourrez trouver des exemples d’entrepreneurs élevés dans des familles où les pères étaient bien présents, à l’image de Bill Gates, de Bernard Arnault ou de Mark Zuckerberg.


Cependant, si la règle du père absent ou défaillant existe, la meilleure question à poser à un entrepreneur qui souhaite que son fils prenne sa succession est très certainement : « Votre père était-il un grand homme d’affaires ? », ce qui, on l’a vu, n’est pas la norme, et d’ajouter : « Dans ce cas, qu’est-ce qui vous fait croire que votre fils le sera ? »


En effet, tout autant l’entrepreneur à succès est souvent motivé par une revanche à prendre sur la vie, du fait des conditions matérielles ou psychologiques de son enfance, ses héritiers naissent par définition dans un milieu beaucoup plus aisé, avec un avenir tout tracé, ce qui ne leur confère ni la même énergie, ni la même ambition.


D’ailleurs, confrontés à l’incapacité de leurs enfants à assurer correctement leur succession, beaucoup d’entrepreneurs continuent à s’investir dans leurs affaires bien trop longtemps après l’âge légal de la retraite, ce qui les pousse inévitablement à entrer en conflit avec leurs héritiers, jusqu’à mettre en péril le bon fonctionnement de l’entreprise.


Par conséquent, pour éviter la malédiction de l’entrepreneur, la meilleure solution consiste certainement à choisir son successeur en dehors de sa descendance, à l’image des empereurs romains, qui avaient trouvé un subterfuge astucieux : ils adoptaient leur dauphin plutôt que de désigner leur fils biologique.


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