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Le succès artificiel de la voiture électrique

Publié le lundi 14 février 2022 . 3 min. 43

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En septembre 2021, avec 24 600 exemplaires écoulés en un mois, la Tesla Model 3 est devenue la voiture la plus vendue en Europe, devant la Renault Clio et la Dacia Sandero. Pour la première fois, une voiture électrique, qui plus est importée, s’est imposée face à ses concurrents à essence. Il s’agit d’une remarquable réussite pour le constructeur américain, mais c’est aussi une surprenante anomalie au regard du management de l’innovation.


Comme vous l’avez certainement appris, dans une économie de marché, une technologie s’impose par rapport aux technologies concurrentes lorsqu’elle est plébiscitée par les clients. Si les services de vidéo à la demande comme Netflix ou Disney+ l’ont emporté sur les chaînes par satellite et les bouquets câblés, c’est parce que les clients les ont choisis. Si l’appareil photo numérique a enterré l’appareil photo argentique, c’est parce que les clients l’ont préféré. Si Amazon a pu devenir le champion mondial de la distribution, c’est parce que les clients ont privilégié ses offres. Dans tous les cas, c’est le marché qui tranche, et les technologies qui gagnent sont celles qui créent le plus de valeur pour les clients.


Or, dans le cas de la voiture électrique, nous sommes face à une technologie qui l’emporte non pas parce qu’elle a été capable de démontrer sa supériorité du point de vue des clients, mais parce que les gouvernements ont décidé de l’imposer. En effet, la voiture électrique est une très vieille technologie, qui concurrence la voiture à essence depuis plus de 130 ans. La première voiture à avoir atteint les 100 kilomètres heure, en 1899, était ainsi une voiture électrique, la Jamais Contente, pilotée par l’intrépide pilote belge Camille Jenatzy. Pendant tout le 20e siècle, la voiture électrique a affronté la voiture à essence, et pendant tout le 20e siècle, elle a perdu cette confrontation, jusqu’à être confinée à des micro niches comme les voiturettes de golf. Au grand jeu de la concurrence, la voiture électrique était un échec.


Pourtant, entre 2020 et 2021, sa part de marché a doublé en Europe, pour atteindre 7,5 % des immatriculations, et même plus de 17 % en France. Mais il s’agit d’un succès artificiel, où la volonté politique s’est substituée à la loi du marché. En effet, ce formidable revirement est la conséquence de l’action des gouvernements, qui à coup de généreuses subventions et de considérables malus ont sciemment orienté le comportement des consommateurs. D’ailleurs, lorsque ces incitations ont été supprimées, comme à Hong Kong ou au Danemark en 2017, les ventes de voitures électriques se sont littéralement effondrées.


Au regard du management de l’innovation, cette démarche semble particulièrement risquée. En effet, non seulement elle force le succès d’une technologie qui n’a pas véritablement su faire ses preuves, mais de plus elle bride le développement d’alternatives qui n’ont même pas eu la possibilité de démontrer leurs avantages, comme les carburants de synthèse, pourtant tout à fait compatibles avec le parc automobile existant et certainement plus respectueux de l’environnement, puisqu’ils n’obligent pas à mettre au rebus des millions de véhicules.


De plus, ce que la politique promeut, elle peut aussi l’abandonner. Le gouvernement français a ainsi favorisé le diesel à partir des années 1980 au travers d’une fiscalité avantageuse, avant de le sacrifier dans les années 2020 sur l’autel de la neutralité carbone. Rien ne dit qu’il en sera différemment pour la voiture électrique, tant qu’elle n’aura pas su créer un véritable surcroît de valeur pour les clients. En attendant, son succès relève bien plus d’une construction artificielle que d’une saine concurrence.


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