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Parmi les facteurs polémogènes (c’est-à-dire les facteurs de conflits, de guerre), Gaston Bouthoul, sociologue français mort en 1980, grand penseur de la polémologie ou la science de la guerre, met en exergue le « complexe de Damoclès ». Il le définit comme la propension de l’Homme a` « se jeter sur l’épée qui le menace » au lieu d’un effroi ou d’un sentiment d’effroi sans fin. Autrement dit, pris par la peur l’Homme a tendance à avoir les pires réactions qui peuvent engendrer les pires cruautés.
Il me semble que ce complexe de Damoclès permet d’analyser des faits sociaux au-delà du phénomène de guerre. Il hante tout construit social à commencer par l’entreprise. Il s’y manifeste au moins sous 3 formes :

• Dans une organisation qui ne favorise pas l’esprit authentiquement critique, je ne parle pas de cet ersatz d’esprit critique comparable à un slogan publicitaire, un problème mis en exergue par un travailleur peut faire de ce dernier, dans certaines organisations, ipso facto, un travailleur à problème qu’il faut « traiter » : c’est une manifestation presque caricaturale du complexe de Damoclès. En effet, dans une organisation dans laquelle le conflit légitime sur le travail c’est-à-dire, la prise en compte réelle des paradoxes inhérents à toute activité de travail, est étouffé, il y a peu de place au commerce franc des considérations techniques, éthiques, sociales pour une œuvre collective de qualité et dans laquelle se reconnaissent ceux qui y concourent. Une parole libre, sincère et constructive y est de facto perçue comme une menace et doit être traitée comme telle. Celui qui incarne une telle parole « vagabonde » devient un hérétique, un ennemi de l’intérieur qui doit être réprimé à défaut d’être récupéré.

• La concurrence exacerbée entre les salariés, aiguisée par un habitus de concurrence forgé par le système scolaire et des évaluations et autres primes ou récompenses individuelles malgré les injonctions au travail collectif, est un terreau idéal pour le complexe de Damoclès. En effet, lorsque chacun voit midi à sa porte, point de chance de se rassembler. L’autre, les autres, sont des menaces. Dès lors, toute l’imagination est drainée vers l’activation d’une stratégie de défense contre les autres et au détriment des autres. L’autre n’est plus vu comme un autre moi-même mais simplement et seulement comme l’adversaire voire l’ennemi contre lequel sera déployé tout un arsenal de subterfuges : hypocrisie, duplicité, déloyauté, ... Cette expression du complexe de Damoclès se cristallise en une « lutte des places » acharnée.

• Une autre manifestation du complexe de Damoclès consiste, pour un manager de l’encadrement supérieur (le top management), d’éviter de s’entourer de personnes qui pourraient lui faire de l’ombre ou qui lorgneraient sa place. La conséquence de cette expression du complexe de Damoclès, ce sont des encadrants qui « éliminent » tous ceux qui seraient capables de générer une émulation de groupe au service de l’action collective. Ce sont, in fine, des encadrants supérieurs entourés de personnes acquises à leur cause car ils leur sont redevables, ou des personnes dont le niveau de compétence et/ou de charisme sont de sérieux gages pour un pouvoir sans contre-pouvoir. La conséquence d’une telle méfiance envers ceux qui pourraient vous faire de l’ombre, c’est une amputation délibérée de la capacité de penser, de bifurquer. Certes vous minimisez les risques de conflits mais vous augmentez l’entropie du système donc son caractère vivant: ce sont les prémices d’une mort programmée.

Nous voyons avec ces trois expressions du complexe de Damoclès que certains mots de la guerre peuvent aussi instruire des maux de l’entreprise. En effet, l’entreprise n’est pas juste un outil de production, c’est une parcelle de société dans laquelle on peut expérimenter sans peine toute la panoplie d’outils que la force « domestiquée » permet « légalement » ou non de mobiliser.

Le prix à payer, lorsqu’un facteur polémogène comme le complexe de Damoclès y fait son nid, c’est une entreprise balkanisée dans laquelle règne une absurde terreur qui se renouvelle sans cesse au grand dam des intérêts à long terme de l’entreprise et des travailleurs.

Le complexe de Damoclès n’est cependant pas une fatalité dans nos organisations car nous pourrions aussi apprendre, dans l’entreprise, à lutter contre la peur, cette peur qui réveille nos réflexes pavloviens et belliqueux. Il s’agit de civiliser la force non pas simplement par le droit ni par un supplément d’âme mais par un supplément de conscience, d’imagination éthique. En effet, une entreprise civilisée est à ce prix, Gaston Bouthoul ne disait-il pas d’ailleurs que la civilisation n’est rien d’autre qu’une lutte contre la peur !


Publié le jeudi 16 mai 2024 . 5 min. 14

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