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ACCUEIL ECONOMIE Décryptage éco La zone euro entre fissures...
https://player.vimeo.com/video/121532686?autoplay=1 Alexander-Law-La-zone-euro-entre-fissures-et-fractures-1204.jpg
07/06/201109:27

La monnaie unique devait accélérer la convergence économique et arrimer l'Allemagne à l'Europe occidentale. Mais on s'interroge de plus en plus sur la capacité de l'Euro à cimenter l'union. Bien sûr, l'intégration européenne a réduit les écarts de richesse entre les pays, d'Athènes à Dublin, et de Lisbonne à Berlin. Quand on observe la carte d'Europe en termes de PIB par tête, on voit encore des différences, certes. Regardez la carte. Un pays en vert, et encore plus vert foncé, indique un PIB par tête élevé. Au contraire, le rouge indique un niveau de richesse par habitant plus bas. Un constat s'impose : seuls quelques pays de la périphérie de la zone euro sont restés à l'écart. Mais, à y regarder de plus près, la mise en place d'euro a fait diverger les modèles de croissance plutôt que de les harmoniser. Peu à peu les économies ont connu des évolutions diamétralement opposées, un phénomène qui a été masqué par la bulle financière et immobilière. D'un côté, nous avons les pays qui ont renforcé leur puissance industrielle et leurs exportations. En gros, c'est l'Europe du nord, ici en vert, menée par l'Allemagne. Une Allemagne qui a sacrifié sa consommation intérieure pour pouvoir accumuler des excédents commerciaux. Est-ce que ces excédents sont les fruits de la mondialisation heureuse ? En partie seulement. Car, pour l'essentiel, le gonflement des exports allemands provient des gains de parts de marché au détriment de ses voisins. Parmi les perdants figurent notamment deux autres pays industriels, la France et l'Italie, ici en orange. Les Français, comme d'autre pays du sud, ont opté pour un modèle de croissance basé sur la consommation. La France, dont le commerce extérieur était à peu près équilibré jusqu'à 2004, s'est enfoncé de plus en plus dans le déficit depuis cette date. Mais plus au sud, en Espagne, au Portugal, en Grèce, l'appétit de consommer et le désintérêt pour l'industrie ont été pires que chez nous. Ces pays sont en rouge. La zone Euro a donc accentué une césure entre une Europe du Nord frugale et manufacturière, et une Europe du sud consommatrice, plus orientée vers les services, et désindustrialisée. La France, mais aussi l'Italie du nord sont entre les deux. Chacun de ces modèles a peu à peu renforcé sa propre cohérence. Dans les pays producteurs, du Nord, il fallait limiter le plus possible le coût du travail pour rester compétitifs. La stagnation du prix du logement en Allemagne a facilité le freinage des salaires sans handicaper le pouvoir d'achat. A l'opposé, le prix de la pierre a flambé en France et en Espagne, mais aussi en Irlande. Les consommateurs de ces pays se sont sentis plus riches. Ils ont parié sur le crédit et la hausse continue de l'immobilier. La valeur de leur patrimoine a ainsi progressé beaucoup plus vite que la création de valeur. La croissance s'est donc organisée autour de la consommation de biens et de services. Et la balance commerciale a été sacrifiée. Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que ces écarts de prix du logement, mais aussi de consommation ont pu être renforcés par les évolutions démographiques. La France détient ainsi avec l'Irlande la palme d'or de la natalité en Europe. Les prix immobiliers se sont envolés. A l'opposé, on ne s'étonnera donc pas de voir sur cette carte l'Allemagne, avec son déclin démographique, en lanterne rouge. Moins de bébés, c'est moins de tensions sur le marché immobilier. C'est aussi moins de dépenses d'éduction. Indicateur après indicateur, on voit donc se dessiner sur les cartes les contours de deux zones euro bien différentes. Mais cela n'aurait pas vraiment d'importance si ces différences se traduisaient dans la force de la complémentarité. Une zone euro, plutôt centrée sur le sud, aux territoires plus attractifs pour le tourisme, s'endette et consomme les excédents des pays du nord, aux comportements plus frugaux. D'ailleurs, les Etats-Unis parviennent très bien à faire cohabiter la côte est et la Floride. Sur ce plan, l'Euroland fait d'ailleurs bien mieux que les Etats-Unis, puisque de ce côté ci de l'Atlantique, les comptes extérieurs de la zone euro, prise dans son ensemble, sont, eux, équilibrés. Mais il s'agit d'un équilibre virtuel, puisque qu'il n'y a pas de vraie convergence européenne, pas de vraie solidarité financière. Bien au contraire, les facteurs de cohésion s'effritent d'année en année, avec la concurrence fiscale et sociale entre les pays, le refus de s'orienter vers un vrai fédéralisme européen. C'est la crise qui a révélé que ce l'on pensait être une fissure, devenait une fracture, voire une cassure. La fracture se mesure d'abord à l'aune des performances économiques. Depuis 2010, l'Allemagne croit revivre son Wirtschaft Wunder, avec une croissance largement supérieure à 3%. Excellentes aussi sont les performances autrichienne ou encore néerlandaise. Des performances qui laissent loin derrière l'Europe du sud : la Grèce, le Portugal, l'Espagne et même l'Italie luttent au contraire pour échapper à la récession. La France, elle, est entre les deux zones euro. En matière d'emploi, la fracture est tout aussi nette. Grâce à la vigueur de sa reprise. Grâce aussi, il faut le reconnaître, à une politique astucieuse pendant la crise, le chômage est vite retombé en Allemagne à 7% seulement. Quel écart avec une Espagne qui se retrouve avec plus d'un actif potentiel sur 5 sans emploi ! Et que dire de l'inflation importée qui ronge aujourd'hui le pouvoir d'achat des ménages, mettant à mal les économies qui misaient tout sur la consommation ? Dans les pays du Sud où la croissance stagne et où le chômage explose, les hausses de salaires sont bien entendu hors de question. Les déséquilibres extérieurs et les déficits publics interdisent aux pays du sud toute relance budgétaire. Bien au contraire, ils s'enfoncent dans les politiques d'austérité. La crise a laminé les comptes publics en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Grèce et ailleurs. Il n'est plus possible de dépenser : l'heure est à la rigueur. La BCE le demande. Les marchés l'exigent. L'Allemagne insiste. Hors de question, en effet, pour l'électorat allemand de financer la dolce vita des pays du Club Med. Et l'on se retrouve dans la situation ubuesque où les seuls pays qui auraient le moyen de mener une politique de relance ne veulent surtout pas le faire. C'est bien le retour du chacun pour soi. Ce chacun pour soi qui s'exprime jusque dans les taux pratiqués sur les marchés. Avant la crise, tous les pays de la zone euro bénéficiaient de taux faibles. Cette époque est révolue. Techniquement, les spreads, les écarts entre les taux allemands et ceux de la Grèce, de l'Espagne ou du Portugal n'ont jamais été aussi élevés qu'aujourd'hui. Ils atteignent des niveaux intenables. Mais si les marchés peuvent appliquer des taux différenciés selon les pays, ce n'est pas le cas de la Banque Centrale Européenne, qui est prise entre le marteau et l'enclume. Au regard des chiffres de l'inflation en Allemagne, le taux directeur devrait augmenter. D'ailleurs, il y a maintenant un risque de bulle financière en Europe du nord. Mais un coup d'oeil sur la situation des pays du sud encouragerait plutôt à la baisse des taux pour leur épargner la catastrophe. Du coup, la BCE a choisi la voie moyenne, avec des taux qui remontent très lentement. Une situation qui n'est adaptée à personne. L'Allemagne s'adapte très bien à l'euro fort. D'autant plus, que cela lui permet de sous-traiter les productions à plus faible valeur ajoutée chez des voisins de l'Est à monnaie et salaires plus faibles. En revanche, les pays du sud doivent absolument retrouver une compétitivité par les coûts pour se réindustrialiser. Il leur faut un euro faible pour redevenir compétitifs. Deux Europe donc. Ou plutôt, deux Europe et demi, avec la France entre Nord et Sud. Une France qui n'est plus en mesure d'asseoir sa croissance sur la consommation et qui a laissé sa compétitivité s'affaiblir. Mais une France, qui conserve des bastions industriels, des entreprises puissantes, des atouts territoriaux et un patrimoine immobilier exceptionnel. A l'heure du choix entre le nord et le sud, il lui faudra choisir : devenir suiveur du nord, ou encore leader du sud. Mais peut-être aussi jouer l'entre-deux.


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