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Une crise aux effets à long terme

Publié le lundi 27 avril 2020 . 4 min. 12

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« Cette crise n'est pas une affaire de semaines. Elle n’est pas une affaire de mois. Elle est une affaire d'années et je pense qu'il faut mesurer que nous en avons pour des années avant de sortir des conséquences économiques de cette crise ». Bruno Le Maire, notre ministre de l’économie, n’y pas été par quatre chemins le 15 avril dernier à l’Assemblée nationale. Sa prédiction d’une économie française durablement affectée est-elle justifiée ?

Tout dépend de la réponse à deux questions : la sortie progressive du déconfinement va-t-elle permettre une relance de l’économie à court terme ? ; la crise a-t-elle durablement affecter notre potentiel de croissance de long terme ?

La relance d’abord

La Chine étant sortie la première du confinement, tous les regards se tournent vers elle comme indicateur avancé de ce qui pourrait nous arriver. Or, si la reprise de l’offre semble y être rapide, la demande ne suit pas, en particulier la consommation des ménages. 

Une partie de la frilosité des Chinois s’explique par leur crainte d’une seconde vague du virus. Mais une partie seulement. Car leur pouvoir d’achat a été affecté par des pertes d’emplois et par des réductions de salaires ou la prise de congés sans solde.

La France ne sera pas logée à la même enseigne : chômage partiel, primes, et aides pour les personnes au RSA ont relativement mieux protégés les revenus des Français. Pour autant, cela ne garantit pas forcément une reprise rapide de la demande.

Tout va d’abord se jouer autour de notre comportement d’épargne. Les ménages qui disposaient de ressources suffisantes se retrouvent avec des revenus plutôt préservés tout en étant dans l’impossibilité d’en consommer la plus grande partie.

Pour certains, dès que nous pourrons sortir, ces revenus seront dépensés. Pour d’autres, la crainte d’une crise durable, les incertitudes sur l’avenir et un niveau élevé de défiance vis-à-vis des messages de santé publique du gouvernement peuvent inciter à préserver une épargne de précaution qui mettrait beaucoup de temps à se libérer.

Or, si les ménages consomment trop peu, ils ne réveilleront pas les « esprits animaux » des entrepreneurs et l’investissement peut durablement chuter.

Le gouvernement devra donc trouver les moyens d’inciter à la consommation et à l’investissement. Si tant est que notre tissu productif aura été préservé. Car les crises ont tendance à réduire durablement le potentiel de croissance des économies.

Du côté du travail, elles laissent les salariés au chômage. Ils y perdent en compétence et en productivité, ce qui diminue la force de l’économie. La gestion de la pandémie actuelle devrait permettre de limiter cet effet. Si les personnes en contrats courts perdent leur emploi, le recours massif au chômage partiel devrait limiter l’effet négatif sur le travail.

Qu’en est-il du côté des entreprises ? Laissées aux seules lois du marché, un grand nombre d’entreprises finiront en faillite dans de nombreux secteurs : le tourisme, l'hôtellerie, la restauration, l'industrie automobile, l'industrie aéronautique, le transport aérien, le spectacle, la production audiovisuelle, etc. Le plus urgent est de les aider, le plus sérieux d’en profiter pour canaliser cette aide vers le verdissement de leur activité mais il n’est malheureusement pas certain que le gouvernement soit sensible à cet aspect crucial de notre croissance à long terme.

Les entreprises françaises sont également entrées dans la crise avec un niveau très élevé de dettes. La pandémie va dégrader encore plus leur situation.

Si elles donnent la priorité à leur désendettement, cela signifiera moins d’investissement et moins d’embauches pour un bon moment. De quoi nous mettre durablement en difficulté.

Leur comportement dépendra de la vigueur de la demande, du soutien des politiques publiques et de la volonté des banques de maintenir le financement de l’investissement à des taux d’intérêt faibles.

Réponse à la fin de l’été.


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